Calendrier Kuujjuaq - 12 octobre
13h00
Administration régionale Kativik
Salle de conférence du 1er étage
Retransmission à Montréal, par vidéoconférence dans les locaux de la CSN (1601, av. De Lorimier, Montréal)
Rimouski - 16 octobre
13h30 à 16h30
Salle du Conseil municipal
Hôtel de Ville de Rimouski
(205 de la Cathédrale)
Gaspé - 17 octobre
14h00 à 17h00
Cégep de Gaspé
Salle 335
(96, rue Jacques-Cartier)
Laval - 18 octobre
13h30
Salle communautaire Saint-Joseph,
1450 boul. Pie X à Chomedey
Shawinigan - 22 octobre
14h00 à 18h00
Auberge des Gouverneurs (Salle Laurentides)
1100 Promenade du Saint-Maurice
Victoriaville - 23 octobre
18h00 à 21h00
Place communautaire Rita Saint-Pierre (Salle 125),
59 rue Monfette
Sept-Îles - 24 octobre
15h00 à 18h00
Auditorium du Cégep de Sept-Îles
(175, rue De La Vérendrye)
Saguenay - 25 octobre
18h30 à 21h30
Hôtel Chicoutimi
(460, Racine Est)
Maniwaki - 29 octobre
9h00 à 12h00
Auberge le Draveur (Salle des Trembles),
85, rue Principale Nord (autoroute 105)
Gatineau - 30 octobre
9h30 à 16h00
Salle de réunion de la
Coopérative des paramédics de l’Outaouais
(505, boul. des Affaires)
Québec - 5 novembre
14h00 à 17h05
18h30 à 21h30
ÉNAP,
555, boulevard Charest Est
Montréal - 7 novembre
13h30 à 16h30
18h30 à 21h30
Centre St-Pierre
Salle du 1205 rue de la Visitation
Sherbrooke - 13 novembre
13h30
Le Tremplin 16-30,
95 rue Wellington Sud
Sainte-Thérèse - 15 novembre
14h00 à 17h30
Centre culturel et communautaire de Sainte-Thérèse
Salle J.B. Charron
120 boulevard du séminaire
Lévis - 19 novembre
13h00
Patro de Lévis
6150 rue St-Georges (entrée par la rue De La Visitation)
Joliette - 20 novembre
14h00 à 18h00
Centre d'action bénévole Émilie-Gamelin,
80, rue Wilfrid-Ranger
Longueuil - 21 novembre
10h00 à 16h00
Organisme Macadam Sud,
895, rue Sainte-Hélène
Rouyn-Noranda - 22 novembre
18h00 à 21h00
Salle du conseil de l'Hôtel de ville de Rouyn-Noranda,
100, rue Taschereau Est
Communauté Anishnabe de Lac Simon - 23 novembre
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À l’automne 2012, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a initié une Commission populaire itinérante sur le droit au logement. Cette Commission, formée de 14 commissaires indépendant.e.s, s’est rendue dans les 17 régions administratives du Québec. La tournée, qui s’est amorcée le 12 octobre à Kuujjuaq dans le territoire inuit du Nunavik, s’est terminée, le 23 novembre, dans la communauté anishnabe (algonquine) de Lac-Simon, question de bien faire ressortir toute l’urgence des problèmes de logement vécus par les Autochtones et de resserrer les liens de solidarité avec ces peuples. La Commission a entre temps visité les villes de Rimouski, Gaspé, Laval, Shawinigan, Victoriaville, Sept-Îles, Saguenay, Maniwaki, Gatineau, Québec, Montréal, Sherbrooke, Sainte-Thérèse, Lévis, Joliette, Longueuil et Rouyn-Noranda.
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Le rapport Urgence en la demeure, rédigé par la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, suite à 19 audiences tenues dans les 17 régions administratives du Québec, a été présenté, ce matin, lors d’une importante conférence de presse sur la Colline parlementaire, à Ottawa. Les trois partis d’opposition ont réagi au rapport en conférence de presse. Le Nouveau parti démocratique était représenté par sa porte-parole en habitation, la députée d’Hochelaga, Marjolaine Boutin-Sweet, qui tentera aujourd’hui de déposer officiellement Urgence en la demeure à la Chambre des communes.
S’appuyant sur 361 témoignages de personnes directement aux prises avec des problèmes de logement ou d’itinérance, ainsi que d’organismes préoccupés par ces enjeux, le rapport constate que « la mise en œuvre du droit au logement n’a pas progressé au Québec » et qu’« au contraire, elle s’est plutôt dégradée à maints égards ». Quatre de ses 21 recommandations sont adressées au gouvernement fédéral qui doit, à son avis, accroître ses investissements en habitation, notamment au Nunavik et sur les réserves autochtones, tout en maintenant son aide financière aux locataires à faible revenu demeurant dans les logements sociaux existants.
L’un des 14 commissaires, Jean Trudelle, ex-président de la Fédération nationale des enseignants et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), a expliqué avoir été, comme les autres, ébranlé par tout ce qu’il a vu et entendu durant les 19 audiences de la Commission : « Comment imaginer que des problèmes aigus de surpeuplement des habitations comme ceux dont on nous a parlé à Kuujjuaq, au Nunavik, ou dans la communauté anishnabe de Lac Simon, en Abitibi, existent dans un pays riche comme le Canada qui a tous les moyens pour assurer pleinement le respect de tous les droits, y compris celui au logement? Comment croire que tant de personnes et même de familles s’y retrouvent dans des situations d’itinérance, visible ou voilée? Comment imaginer que tant de personnes doivent couper dans leurs autres besoins essentiels, comme la nourriture, pour arriver à payer leur loyer? »
Face à cette situation, les commissaires estiment que le gouvernement fédéral a un « rôle clé » à jouer pour assurer le respect du droit au logement, comme il s’y est engagé en adhérant en 1976 au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU.
Des recommandations au gouvernement fédéral
Rédigé avant le budget conservateur du 21 mars dernier, Urgence en la demeure recommandait au gouvernement fédéral de « maintenir, au-delà du 31 mars 2014, sa contribution financière aux politiques de logement du Québec et l’augmenter ». M. Trudelle constate que le maintien de l’aide est maintenant assuré jusqu’au 31 mars 2019, mais que « la contribution fédérale demeure très nettement insuffisante, puisqu’elle n’a même pas été indexée au coût de la vie ». Il ajoute que toutes les autres recommandations de la Commission demeurent sans réponse suite à ce budget.
Ainsi, le rapport demande à Ottawa d’« augmenter considérablement » ses investissements dans la construction et la rénovation de logements sur les réserves autochtones et au Nunavik. Selon Jean Trudelle, « en 2012, les fonds accordés par le gouvernement à la communauté de Lac Simon n’ont permis que la construction de 3 logements, alors qu’il en manque 300; quant au Nunavik, la contribution fédérale actuelle ne permet absolument pas d’atteindre l’objectif de 1 000 logements, considéré urgent par tous les intervenants, y compris le gouvernement québécois ».
La Commission recommande finalement qu’Ottawa s’engage dès maintenant à maintenir son aide financière aux locataires à faible revenu demeurant dans les logements sociaux existants. Ces subventions que le gouvernement fédéral verse depuis 35 ou 50 ans, selon les cas, ont commencé à se terminer et ce phénomène s’accélèrera au cours des prochaines années, ce qui entraînera une hausse, parfois majeure, des coûts de logement des locataires les plus vulnérables. M. Trudelle explique que, de 2008 à 2012, le nombre de ménages recevant une telle aide est passé de 623 700 à 593 800 à l’échelle du Canada et que, selon les évaluations de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, il devrait atteindre 525 000 d’ici 2016 et tomber à 0 au tournant des années 2030 : « Les logements sociaux constituent un patrimoine précieux qui doit rester accessible financièrement aux ménages qui y demeurent présentement et à tous ceux qui en auront besoin à l’avenir ».
 Le commissaire Jean Trudelle avec les représentant-e-s des 3 partis d’opposition.
Les trois partis d’opposition ont réagi au rapport en conférence de presse. Le Nouveau parti démocratique était représenté par sa porte-parole en habitation, la députée d’Hochelaga, Marjolaine Boutin-Sweet, qui tentera aujourd’hui de déposer officiellement Urgence en la demeure à la Chambre des communes. Le député de Westmount-Ville-Marie, Marc Garneau, a pris la parole pour le Parti libéral du Canada et André Bellavance, député de Richmond-Arthabaska, a fait de même pour le Bloc québécois. François Saillant, coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), un regroupement québécois de 155 groupes qui a initié la Commission, était également sur les lieux pour appuyer les recommandations faites en toute indépendance par les 14 commissaires.
 Emergency in the House. Report of the Popular Travelling Commission on the Right to Housing.
In the fall of 2012, the Popular Action Front in urban redevelopment (FRAPRU) initiated a People’s Commission on the right to housing, which began its work in Nunavik and finished in the Anishnabe community of Lac Simon, after having covered the 17 administrative regions of Quebec. More than 360 groups and individuals testified. This unprecedented consultation revealed several violations of the right to housing.
The Commission report Emergency in the House written by the Popular Travelling Commission on the Right to Housing following 19 public assemblies held across Quebec’s 17 administrative regions. Independently written by 14 commissioners with diverse areas of expertise, the report paints a worrisome portrait of the state of housing and homelessness, particularly for Nunavik and indigenous communities.
The report outlines 21 recommendations, 4 of which are directed towards the federal government.

Les 14 commissaires qui ont parcouru le Québec pour vérifier l’application du droit au logement ont rendu public leur rapport, le mercredi 20 mars. Les universitaires, chercheurs et représentant-es des mouvements sociaux, qui composaient la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, ont entendu les témoignages de 361 personnes directement touchées par les problèmes de logement et d’itinérance, ainsi que d’organismes confrontés à ces situations dans 19 municipalités et communautés autochtones. Leur rapport présente une série de constats troublants : communautés autochtones avec des problèmes criants de surpeuplement, locataires forcées d’offrir des services sexuels pour payer leur loyer, nouvelle forme d’itinérance dans les régions.
« Nous avons commencé notre tournée du Québec à Kuujjuaq et nous l’avons terminée dans la communauté Anishnabe de Lac Simon. La situation du logement dans ces communautés est à un niveau que la plupart des Québécois et des Québécoises n’imaginent pas. De façon répétée, on nous a parlé de ces petites maisonnettes, prévues pour accueillir une famille, dans lesquelles s’entassait une quinzaine de personnes : s’attribuant des tours pour dormir sur le sofa et souffrant d’un manque constant d’intimité. Le Nunavik a besoin de toute urgence de 1 000 nouveaux logements, alors qu’il faudrait doubler le nombre de logements disponibles dans les communautés des Premières Nations qui, comme Lac Simon, ne reçoivent présentement que le financement pour construire deux ou trois maisons par année. Avec l’explosion démographique que connaissent ces communautés, la situation ne peut aller qu’en s’aggravant», lance Marcel Duhaime commissaire et membre du conseil d’administration de la Ligue des droits et libertés. Tunu Napartuk, maire de Kuujjuaq, où a débuté la Commission, était présent à Montréal pour l’occasion. Il a reçu le rapport et fait part des situations dramatique vécues par les membres de sa communauté. M Napartuk ainsi que la cheffe de la nation anishnabe de Lac Simon exposeront la situation vécue par leurs communautés lors du lancement public du rapport qui aura lieu ce soir.
Pour vérifier quel est l’état du droit au logement, la Commission populaire itinérante a visité l’ensemble des régions administratives du Québec. Rassemblé-es à l’appel du FRAPRU, les commissaires ont eu pleine latitude et indépendance pendant les audiences et la rédaction du rapport.
« Nous avons été consterné-es par la nature de certains témoignages que nous avons recueillis. Dans certaines régions, la crise du logement est telle que des gens se retrouvent sans domicile fixe, passant d’un ami à un parent, avant de finir par vivre dans leur voiture. Souvent ces graves pénuries sont causées par des dynamiques économiques régionales, ici le tourisme, là l’extraction des ressources : jamais on ne semble avoir prévu de stratégies pour contrer les effets pervers sur le logement. Plus préoccupant encore, plusieurs femmes ont témoigné qu’elles avaient été contraintes à consentir des faveurs sexuelles pour éviter d’être évincées d’un logement, sachant très bien qu’elles ne trouveraient pas d’autre lieu où aller vivre. À tous ces cas s’ajoutent plusieurs histoires de misère ordinaire, de racisme et de sexisme de tous les jours qui nous ont été rapportées comme étant le quotidien de nombre de gens dans leur rapport au logement », constate la commissaire Lucie Lamarche, experte en droits humains et professeure de droit à l’Université d’Ottawa.
Le rapport présente 21 recommandations pour améliorer et garantir le respect du droit au logement, la principale étant l’adoption d’une politique intégrée d’habitation par le gouvernement du Québec. Quant au gouvernement fédéral, la Commission lui demande d’intensifier son soutien financier aux programmes d’habitation du Québec. « Les municipalités se trouvent au cœur du problème du logement au Québec. Rarement elles conçoivent un plan d’urbanisme, elles sont encouragées par leur mode de perception fiscal à favoriser le développement de condo et elles ne se donnent pas les moyens de faire respecter le droit minimal de leurs citoyens de vivre dans des logements décents et salubres. Avec le vieillissement du parc locatif au Québec et les difficultés de le renouveler, la situation promet d’être bientôt intenable » conclut Lucie Lamarche.
Le rapport Urgence en la demeure est disponible en ligne.
Le FRAPRU, qui a initié la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, a également accueilli le rapport en promettant qu’il ne resterait pas lettre morte. Le FRAPRU a annoncé une nouvelle tournée qui le mènera à travers tout le Québec d’avril à novembre, cette fois pour présenter le rapport et en débattre largement avec la population. L’organisme a également lancé le film Au pied du mur réalisé à partir des audiences de la Commission par les cinéastes Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist. Le documentaire sera projeté dans différentes villes
Au pied du mur (Bande-annonce) from BIDESHI FILMS on Vimeo.
Au Québec, 260 000 ménages vivent dans un logement inadéquat ou sont sans logement. Le droit au logement est-il respecté ? C’est pour le vérifier que le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) organise en novembre 2012 une commission populaire à travers tout le Québec.
Les résultats sont accablants et la liste des problèmes rencontrés par les locataires donne froid dans le dos. Une crise du logement sévit dans plusieurs régions, la situation est critique en territoires autochtones et dans le Nunavik et pour beaucoup de ménages à faible et moyen revenus, l’horizon est sombre.
Tourné partout au Québec, Au pied du mur expose les sources du problème et propose des solutions pour remédier à la situation. Car trop de ménages locataires sont présentement acculés au pied du mur.
Réalisé par [Bideshi Films->http://bideshifilms.com/]
Lancement à Montréal, le 20 mars, à 19h00, à la Maison-Théâtre.
Projections publiques à venir dans plusieurs villes visitées par la Commission.}}
 Bulletin spécial du FRAPRU faisant état des témoignages entendus lors des 19 audiences de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement. Tous les articles sont disponibles en ligne.
Le FRAPRU a produit un bulletin spécial permettant de prendre connaissance des problèmes de logement entendus lors des 19 audiences de la Commission populaire. Tous les articles sont disponibles en ligne, mais des copies papier du bulletin peuvent être commandées auprès du FRAPRU.
Trois maisons : c’est tout ce que les fonds octroyés par le gouvernement fédéral ont permis de construire en 2012 dans la communauté anishnabe (algonquine) de Lac-Simon, en Abitibi. Trois maisons, alors que le besoin est de 300, comme en a témoigné Salomée McKenzie, cheffe du Conseil de la nation anishnabe de Lac-Simon, lors du passage de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement dans cette communauté, située à 32 kilomètres au sud-est de Val-d’Or, le 23 novembre. Trois maisons, alors que la population a augmenté de 20 % depuis le recensement de 2006, que près de 18 % des logements étaient déjà surpeuplés à ce moment et qu’on enregistre une soixantaine de naissances par année… Trois maisons que la cheffe a à raison qualifiées de « goutte d’eau sur un feu de forêt ».
Lac-Simon, une petite communauté de 1400 personnes qui a le statut de réserve, vit une situation moins extrême que la communauté voisine de Kitcisakik qui jusqu’à tout récemment ne disposait d’aucune installation permanente telle que de l’eau courante, l`électricité et des installations sanitaires de base[1]. Elle est néanmoins aux prises avec des problèmes dramatiques. Les maisons qui devraient normalement loger quatre personnes en hébergent plutôt jusqu’à quinze ou même dix-huit, avec tous les problèmes sociaux qui accompagnent une telle promiscuité : chicanes, violence, abus sexuels, toxicomanie… Non seulement se détériorent-elles rapidement, mais plusieurs sont aux prises avec des problèmes sérieux de moisissures.
Des jeunes familles n’arrivent pas à se loger et doivent être hébergées avec leurs enfants chez des parents, des amiEs, des connaissances avant que les tensions, qui ne manquent pas de se développer, les obligent à déménager sous un autre toit et à revivre le même manège. Un père de quatre enfants et une mère de deux ont tour à tour expliqué aux commissaires Lucie Lamarche, Marcel Duhaime et Simon Tremblay-Pepin que la Direction de la protection de la jeunesse (DMG) menaçait de leur enlever leurs enfants, compte tenu de leur situation de sans-logis. Selon une témoin, une centaine de jeunes sont ainsi à la recherche d’une maison à Lac-Simon.
C’est pour éviter que les enfants ne soient arrachés à la communauté, comme à l’époque des écoles résidentielles, que des parents acceptent de jouer le rôle de familles d’accueil pour leurs propres petits-enfants ou d’autres enfants de Lac-Simon. Les commissaires ont eu l’occasion de visiter deux maisons, déjà surpeuplées, où les grands-mères accueillent quatre ou cinq enfants ou adolescents. Les sous-sols non-aménagés peuvent accueillir cinq ou six personnes qui s’entassent, sans intimité, sur des matelas posés directement sur le plancher. Certaines dorment à tour de rôle, faute de place. Les familles rencontrées paient environ 600 $ par mois de loyer, plus les frais d’électricité de maisons mal isolées et parfois pas isolées du tout qui leur coûtent autour de 200 $ par mois.
Les conditions désastreuses de logement vécues à Lac-Simon ont évidemment des répercussions sur le respect des autres droits des Anishnabe, notamment celui à l’éducation. La directrice d’école de la communauté l’a illustré, en montrant comment le surpeuplement des logements joue sur les capacités d’apprentissage des enfants et sur leur attention à l’école.
Semblable dans les autres communautés
 La cheffe Salomée McKenzie, la grande cheffe Alice Jérôme et Sharon Hunter du Centre d’amitiés autochtones de Val D’Or.
La Grande Cheffe de la Nation anishnabe, Alice Jérôme, a confirmé devant la Commission que le problème du logement n’est pas le propre de Kitcisakik ou de Lac-Simon. Rappelant que le taux de suicide est de 5 à 8 fois plus élevés dans les neuf communautés anishnabe qu’à l’échelle du Québec, la Grande Cheffe a notamment raconté qu’une femme s’est suicidée, après avoir perdu ses enfants, parce qu’elle n’avait pas de logement. Elle s’en pris au gouvernement fédéral qui multiplie les études sur la situation, mais qui accorde de moins en moins de ressources aux communautés pour faire face aux problèmes pourtant grandissants : « Arrêtez de nous étudier. Faites quelque chose ! ».
Alice Jérôme a précisé que les 9 communautés avaient au total besoin de 1 309 nouveaux logements, ainsi que d’un vaste chantier de rénovations résidentielles majeures. Elle a appuyé cette dernière demande, en ajoutant que 376 habitations avaient besoin de rénovations mineures et 140 de rénovations majeures.
Jerry Polson, chef de la petite communauté de Winneway (Long Point First Nation), au Témiscamingue, a expliqué que 60 nouvelles maisons y étaient nécessaires, mais que rien n’était fait en ce sens, malgré la prospérité économique de la région : « On voit beaucoup de camions qui passent, mais ce n’est pas pour construire des maisons dans nos communautés. On ne bénéficie pas de nos ressources naturelles ».
Des répercussions jusqu’à Val-d’Or
Les problèmes vécus dans les communautés autochtones et particulièrement à Lac-Simon et Kitcisakik, qui sont situés les plus près, se répercutent à Val-D’Or, comme en a témoigné le Centre d’amitiés autochtones. Celui-ci a affirmé que le recensement de 2006 démontrait une augmentation de 256 % de la population autochtone de cette ville abitibienne.
Les Anishnabe, mais aussi les Cris qui font le choix de migrer vers Val d’Or, se butent désormais à la crise du logement qui y dure depuis 2005. Ces personnes font face à la discrimination lorsqu’elles sont à la recherche d’un logement et doivent trop souvent vivre par la suite dans des logements détériorés et surpeuplés, qui provoque des problèmes familiaux. Plusieurs se retrouvent en situation d’itinérance.
C’est dans ce contexte que le Centre d’amitiés autochtones de Val-d’Or tente de développer un projet de 24 logements sociaux pour familles autochtones et métis baptisé KIJATÉ (« Plein de soleil » en langue anishnabe). Même si ce projet a été accepté par la Société d’habitation du Québec dans le cadre du programme AccèsLogis, la Ville de Val-d’Or, pourtant ouverte au logement social, a jusqu’ici refusé d’y contribuer financièrement. Tout en poursuivant ses efforts, le Centre travaille depuis peu sur un autre projet : une coopérative de 24 logements pour familles étudiantes autochtones.
L’espoir
Même si la situation des Anishnabe pourrait être considérée comme désespérée, l’espoir et la détermination ressortaient de certains témoignages entendus lors de l’audience de Lac-Simon. La présentation du Centre d’amitiés autochtones se terminait d’ailleurs par ces mots du sous-commandant Marcos, porte parole de l’Armée nationale de libération nationale, au Mexique : « Rien ne nous gouverne, sauf ce qui a été choisi par nous. La force d’hier, le souffle actuel du vent et le destin nous disputent le chemin, mais c’est nous qui décidons ».
[1] Cette situation a été dénoncée en 2007 dans le film Le peuple invisible de Richard Desjardins et Robert Monderie, ce qui a aidé à convaincre le gouvernement québécois d’y intervenir.
 Le quartier Noranda où plusieurs des vieux logements nécessitent de l’entretien et des rénovations majeures.
Quoiqu’en disent les économistes et la classe politique, la richesse extraite des entrailles de la terre abitibienne ne règle en rien les problèmes de pauvreté et de logement. Ceux et celles qui les vivent ne profitent pas du boom minier que connaît le Nord, au contraire. C’est ce qu’ont pu constater les commissaires lors des audiences tenues dans la dernière région visitée par la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, le 22 novembre dernier.
Tous les témoignages entendus à Rouyn-Noranda disent la même chose : le manque de logements reste criant et cela a toutes sortes d’effets pervers sur l’offre de logements, sur leur attribution, sur leur état et sur le prix des loyers. La pénurie de logement qui sévit depuis maintenant une dizaine d’années met littéralement les locataires à la merci des propriétaires. « Les propriétaires cherchent à faire autant de profits que possible, le plus vite possible, au mépris de toutes les lois et de tous les règlements encadrant le droit du logement », a indiqué la porte-parole d‘Arrimage Jeunesse.
Plusieurs ont dénoncé les méthodes utilisées par les propriétaires pour annoncer leurs logements à louer et pour choisir leurs leurs locataires. « Les logements vacants en meilleur état sont annoncés uniquement sur facebook. Quand t’as même pas le téléphone, t’as aucune chance! », a précisé entre autres le représentant du Regroupement en défense des droits en santé mentale. Selon Arrimage jeunesse, « les propriétaires posent toutes sortes de questions intrusives qui révèlent leurs préjugés. Ils vérifient si tu as un emploi, si tu es enceinte, si tu as des enfants, si tu fumes; ils vont même jusqu’à demander si tu es malade ».
Pour les femmes victimes de violence conjugale, c’est leur sécurité et même leur vie qui est mise en danger. La porte-parole d’Alternative pour elles, une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, a expliqué que « des femmes sont obligées de rester avec leur conjoint violent parce que les places en maison d’hébergement sont toutes occupées. » Celles qui y sont entrées avant elles ne réussissent plus à se trouver un logement pour en sortir, surtout si les propriétaires apprennent qu’elles sont de passage dans un tel centre. « Pour eux, un mari violent, c’est du trouble », a-t-elle précisé. « C’est la même chose pour les personnes qui ont des problèmes de santé mentale », a rajouté la représentante du Centre croissance d’Abitibi Ouest.
Plusieurs ont fait mention de la hausse effrénée des loyers dans la région, du harcèlement et des menaces d’éviction sauvage que subissent celles et ceux qui tentent de contester et même des coups reçus par certains, parmi les plus tenaces. Selon une citoyenne de Rouyn, locataire de HLM, « les gens n’osent pas refuser les pires augmentations de loyer – j’en connais qui n’ont pas osé refuser une demande de 100 $, pire de 235 $ par mois – parce qu’ils avaient peur de perdre leur logement; ils n’osent pas aller à la Régie du logement parce que les autres propriétaires vont le savoir. » Danik Laporte, du Regroupement d’éducation populaire de l’Abitibi-Témiscamingue, a témoigné qu’un propriétaire de La Sarre s’en est même pris physiquement à un locataire qui contestait une augmentation de loyer abusive. « Il l’a harcelé, l’a menacé et, comme le locataire insistait sur ses droits, il a fini par lui donner un coup de poing sur le nez. Le gars a fini par plier pour ne pas se retrouver à la rue. (…) Vous savez, ici, l’hiver, tu ne peux pas rester dehors; tu meurs. »
De l’avis général, il ne reste que les taudis pour les gens les plus pauvres et ils ne sont pas moins chers et, malgré une économie florissante, il semble qu’il y en ait beaucoup dans la région. « Quand l’économie allait mal, les propriétaires disaient qu’ils n’avaient pas les moyens d’entretenir les logements. Maintenant que l’économie roule, ils n’ont plus besoin de les entretenir; ils réussissent à louer les pires trous », a témoigné Danik laporte, du RÉPAT. Plusieurs personnes ont donc rappelé combien il est important que les villes de la région se dotent d’un code du logement et le fasse appliquer. La représentante du Centre Entre-femmes a rappelé que « des gens se rendent malades, en ce moment, à vivre dans la moisissure. Mais comme les loyers sont exorbitants, ils n’ont pas les moyens de payer leurs médicaments ou d’aller à Montréal pour se faire soigner. »
Plusieurs ont mentionné l’impact de cette crise du logement sur la santé des personnes. « Les gens sont désespérés, paniqués », a fait valoir la représentante du Regroupement des organismes familles de l’Abitibi-Témiscamingue.
Plusieurs ont également dénoncé le manque criant de logements sociaux dans la région. Unanimement, les gens ont réclamé plus de logements sociaux, vite, et avec des subventions suffisantes pour faire face aux coûts de construction qui sont très élevés dans la région, non seulement parce que les matériaux y coûtent chers, mais aussi parce que les constructeurs ont beaucoup d’ouvrage. Même la Ville de Rouyn-Noranda a adopté une résolution appuyant la revendication du FRAPRU pour 50 000 nouveaux logements en cinq ans, dont 1000 pour l’Abitibi.
En tout, une cinquantaine de personnes étaient présentes aux audiences de Rouyn-Noranda et 14 témoignages ont été livrés.
Le 21 novembre dernier avait lieu l’audience de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement en Montérégie. L’événement, organisé en collaboration avec le Comité logement Rive-Sud, la Maison la Virevolte et le Comité logement Beauharnois, a rassemblé plus de 130 personnes dans les locaux de l’organisme Macadam Sud pour entendre les témoignages de locataires aux prises avec des problèmes de logement ainsi que de groupes communautaires travaillant à leurs côtés. Plusieurs prises de parole ont été très émouvantes. L’audience était présidée par le commissaire Yannick S. Mondion, militant impliqué dans la lutte à l’itinérance. Il était accompagné de Céline Bellot, professeure à l’école de Service Social de l’Université de Montréal et d’Alexa Conradi, présidente de la Fédération des Femmes du Québec. Pour l’occasion, les groupes organisateurs avaient prévu une « valise des commissaires » dans laquelle les personnes qui prenaient la parole pouvaient déposer un objet représentant pour elles le droit au logement (voir photo ci-jointe).
 Les commissaires reçoivent la « valise des commissaires » des mains d’Annick Frappier, du Comité logement Beauharnois.
Le Comité logement Rive-Sud a ouvert le bal en brossant un portrait d’ensemble de la situation du logement dans la région, une situation marquée par des inégalités croissantes entre riches et pauvres. Si la pénurie de logements est en principe terminée, elle a contribué à faire gonfler excessivement les prix des logements. Ainsi, pour les gens à faibles et à modestes revenus, il y a toujours une crise du logement. « Ce qui se loue à La Prairie présentement, c’est des garages! », a déclaré avec urgence François Giguère, coordonnateur du comité logement. Le Groupe Actions Solutions Pauvreté (GASP) de Granby a d’ailleurs souligné l’accroissement et l’aggravation de l’itinérance dans la région de la Haute-Yamaska, comme partout au Québec.
La transformation effrénée du parc locatif en condos a été pointée du doigt par la Maison La Virevolte, qui a rappelé que 30% de toutes les conversions au Québec, de 2003 à 2009, ont eu lieu sur le territoire de Longueuil. « Les gens sont chassés de chez eux, déracinés », a souligné Julie Leblanc, travailleuse de l’organisme. Par ailleurs, en Montérégie, le manque de logements sociaux, beaucoup moins nombreux en proportion que dans la région montréalaise, se fait aussi sentir. « Dans les villes où il y a des politiques qui encouragent le logement social, on constate des effets mesurables », a affirmé François Giguère. Il en va de même pour les villes qui se sont dotées de codes du logement, comme Châteauguay, par exemple. « Si ça ne règle pas tout, ça aide », a-t-il ajouté. Marie-Claire McLoad, de l’organisme Entraide Chez-nous, avait quant à elle apporté un symbole particulier pour garnir la valise des commissaires : « Je dépose un morceau de gyproc parce que ce dont on a besoin, c’est de logement social! » s’est-elle exclamée. Madame McLoad a expliqué comment Habitations Communautaires Longueuil entend socialiser les Terrasses Mousseau pour permettre à des personnes à faible revenu d’améliorer leurs conditions de logement.
De nombreux témoignages individuels ont fait état des dures conditions de vie des locataires qui doivent vivre dans des logements insalubres et n’ont pas les moyens financiers de quitter les lieux. Une jeune femme a raconté comment elle avait été coincée avec son jeune bébé dans un logement rempli de champignons, sans argent pour déménager. « Les gens pensaient que j’étais une mauvaise mère mais je n’avais juste pas d’alternative. Je ne pouvais juste pas sortir de là! Ils ont trouvé des champignons sur les poumons de mon père, qui vivait avec nous. Mon bébé est en attente de résultats. » « Il n’y a pas d’inspecteurs pour faire respecter nos droits », a affirmé une autre femme qui a vécu dans un logement en très mauvais état avec son conjoint souffrant d’un problème de santé mentale. L’impact des conditions de vie inhumaines sur la santé mentale des personnes, notamment celles qui vivent déjà une certaine rupture sociale, a été décrié par l’intervenante de Macadam Sud. L’organisme constate sur le terrain qu’il est difficile pour les individus vulnérables de défendre leurs droits. André Bilodeau, du Réseau Habitation Chez soi, a expliqué : « Quand t’es pauvre, tu ne peux pas t’offrir un milieu qui peut favoriser ton rétablissement ».
L’audience en Montérégie a été marquée par une forte présence et participation de jeunes, ce qui ne s’était pas produit dans d’autres régions. Un homme a fait un slam pour parler de la discrimination dont font objet les jeunes : « Le droit au logement n’est pas un privilège! » a-t-il scandé. Une femme, récemment sortie des centres jeunesse, est venue raconter comment les jeunes sont peu préparés à la dure réalité qui les attend à leur sortie de l’institution. « On ne te prépare pas à vivre dans la pauvreté », a-t-elle dit.
Une femme vivant avec un handicap physique a raconté comment elle souffrait d’avoir été déracinée de son milieu pour avoir accès à un HLM, situé à 50 km de son village, de sa famille, de ses amiEs. Elle attend depuis longtemps un logement social dans son milieu : « Je tiens à un fil, celui du téléphone », a-t-elle affirmé avec émotion. Une autre femme a également livré un témoignage émouvant sur les besoins en logement social des familles qui vivent avec un enfant handicapé. Pour symboliser le droit au logement, elle avait apporté une photo encadrée de son fils autiste pour la déposer dans la valise des commissaires.
L’impact positif des HLM a été souligné par de nombreux locataires. Une cheffe de famille monoparentale a expliqué comment l’accès au logement social avait permis à ses enfants d’avoir accès à des études supérieures, à des loisirs lorsqu’ils étaient petits. Elle a résumé ainsi : « Un HLM, ça change pas une vie mais ça aide à mieux la vivre ». Le Comité logement Beauharnois a tenu à rappeler que le développement de logement social est difficile et que le phénomène du « pas-dans-ma-cour » est bien présent. À cet effet, le Centre des femmes de Beloeil a expliqué qu’un projet de logement social avait été comparé, à Beloeil, à la venue d’une usine de déchets toxiques!
Si le prix des logements a été décrié, la maigreur des revenus, notamment de l’aide sociale, a été dénoncée. Les locataires à plus faible revenu n’ont souvent d’autre choix que d’habiter des logements éloignés des services. Ils se trouvent coincés dans un cercle vicieux ; aller faire l’épicerie signifie pour certains de débourser jusqu’à 50 $. L’ACEF de la Rive-Sud a rappelé l’endettement croissant des ménages, incluant ceux à faibles revenus.
Le Carrefour Le Moutier, qui vient en aide aux nouveaux arrivants, a dénoncé la discrimination dans l’accès au logement dont sont victimes les minorités « visibles » mais aussi « audibles ». « Quand tu appelles et que tu as un accent, le logement n’est plus disponible », a expliqué la porte-parole. Un intervenant du Bureau Consultation Jeunesse a corroboré ses dires. « Pour avoir un logement, les personnes réfugiées doivent souvent donner un dépôt de trois à six mois d’avance parce qu’elles n’ont pas de crédit… Quand tu n’as pas le droit de travailler… Qu’est-ce que tu fais? », a demandé l’intervenante aux commissaires. « Beaucoup de personnes immigrantes restent, pour la population d’accueil, des personnes immigrantes toute leur vie… Il faut faire de la sensibilisation », a-t-elle conclut.
 France Robertson prend la parole au nom du Centre d’amitié autochtone.
Discrimination, insalubrité et manque de logements sociaux sont les trois principaux sujets qui ont fait surface lors de l’audience à Joliette pour la région de Lanaudière. Ce qui n’aide pas à la résolution de ces problèmes est le fait qu’il y a de moins en moins de petits propriétaires et de plus en plus de propriétaires corporatistes, ce qui réduit la marge de manœuvre des locataires pour négocier, trouver un logement ou encore défendre leurs droits. Comme le soulignait un représentant d’Action-logement Lanaudière : «Pas besoin d’une black listquand un propriétaire possède une grosse part des logements».
Dans Lanaudière, on calcule que 0,5 % de la population (à peu près 2 200 personnes) s’identifie comme autochtone. Le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière, qui offre des services à toute personne autochtone qui vit hors communauté dans la région de Lanaudière (surtout attikamekw et majoritairement originaire de Manawan) a exposé la complexité d’être autochtone en ville et d’être trop souvent étiqueté. Cette situation entraîne sont lot de problèmes, comme la discrimination et l’exclusion. Les préjugés subits font en sorte que les locataires autochtones, vivant majoritairement à Joliette, se retrouvent dans des logements insalubres dont personne ne veut.
Les différents témoignages, dont celui de La Traverse (centre pour femmes victimes de violence conjugale), ont révélé que la région de Lanaudière est le théâtre de différentes problématiques que l’on croit, à tort, l’apanage exclusif des grandes villes. Si la violence conjugale n’a pas de barrière culturelle lorsque ce sont des femmes autochtones ou immigrantes qui la subissent, la situation se complique parce qu’elles sont victimes, en plus de la violence, de discrimination. Ce qui fait qu’elles doivent souvent rester plus longtemps dans les centres pour femmes victimes de violence conjugale.
Pour les femmes issues de l’immigration s’ajoute, dans certains cas (celles qui ont peur de voir leur statut révoqué), la crainte de porter plainte à la Régie du logement. Un problème n’arrivant rarement seul, la Direction de la protection de la jeunesse menace régulièrement des femmes de leur retirer leurs enfants si elles ne déménagent pas dans un logement plus grand et adéquat, ce qui est souvent impossible vu la précarité financière de celles-ci.
À ce sujet, il a été mentionné qu’à Terrebonne il y a un grave problème au niveau des maisons de chambres. Premièrement, il y en a de moins en moins. De plus, il y a des personnes qui louent des chambres, dans des maisons qui ne sont pas conformes ou légales, ce qui facilite l’expulsion pure et simple des chambreurs et chambreuses au gré de l’humeur du propriétaire.
La Hutte, qui offre de l’hébergement d’urgence pour les femmes et les hommes itinérants ou en voie de l’être, est obligé de refuser 400 demandes d’hébergement par année. Pour Dianova (qui œuvre au traitement des dépendances) et d’autres organismes, il faut faciliter la sauvegarde, voire la socialisation des maisons de chambres.
Mentionnons que plusieurs intervenantEs ont réclamé un code du logement, une hausse des prestations d’aide sociale et plus de logements sociaux.
Selon la Maison populaire de Joliette, en plus de nouveaux logements sociaux, il serait pertinent de revoir la formation des gestionnaires de ceux-ci. L’organisme mentionne que pour les coopératives d’habitation, il y a un manque de connaissances. Pour les organismes sans but lucratif d’habitation, certains ont la fâcheuse habitude d’être plus gestionnaire de type «entreprise privée» que sociale. Enfin, pour ce qui est des HLM, on demande aux Offices municipaux d’être plus transparents et compréhensifs. Une personne a également mentionné que la Régie du logement devrait pouvoir statuer sur la perte du statut de membre dans une COOP.
Enfin, malgré le besoin immense de logements sociaux, il a été mentionné qu’il est difficile de développer dans les petits milieux parce que la contribution du milieu (ville) demandée est trop élevé.
La hausse marquée du coût des logements a été dénoncée à maintes reprises, lors de l’audience de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement à Lévis. Guère surprenant dans une ville où la pénurie de logements locatifs a fait passer le coût moyen des logements de deux chambres à coucher de 472 $ en 2000 à 648 $ en 2011, pour une hausse de 37 %.
D’autres situations ont été également mises en lumière, dont celles des personnes handicapées et des locataires vivant en milieu rural.
« Je fais quoi moi ? »
C’est une locataire de 53 ans, qui a perdu son emploi l’année dernière, qui a le mieux décrit le problème d’incapacité de payer auquel font face bien des locataires de Lévis. Elle a expliqué qu’elle doit payer 480 $ par mois pour un logement minuscule, alors qu’elle ne reçoit que 589 $ d’aide sociale, ce qui ne lui laisse que 109 $ pour tous ses autres besoins essentiels. « Je fais quoi, moi ? », a-t-elle lancé, en précisant qu’elle est 114ième sur la liste d’attente de l’Office municipal d’habitation et qu’elle n’a pas droit à l’allocation-logement, parce que son revenu de l’an passé la rend inadmissible.
Une autre locataire a renchéri, en témoignant des conséquences concrètes de l’incapacité de payer : « avoir froid », « ne pas toucher manger ce que je veux », « subir un stress continuel ». Elle a terminé en affirmant que « tout cela touche à notre dignité, à nos besoins les plus primaires ».
Une dame, qui a perdu son emploi en raison de la maladie, a expliqué devoir vendre sa maison pour se trouver un appartement, mais qu’elle ne trouve rien en bas de 760 $ par mois, pas chauffé, pas éclairé.
Tous ces témoignages et bien d’autres entendus, le 19 octobre, ont fait ressortir l’importance du logement social. Roxane Blanchet de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de la Rive-Sud a affirmé que « les HLM, ça change des vies ; ça brise l’isolement ; ça permet aux locataires de ne consacrer que 25 % de leurs revenus en loyer ; ça les sort de la survie ».
Le Groupe de ressources techniques (GRT) Habitation Lévy et l’ACEF de la Rive-Sud de Québec ont cependant témoigné des difficultés de réaliser de nouveaux logements sociaux, en dépit de la volonté de l’administration municipale et de sa collaboration avec des groupes du milieu. Même si Lévis s’est déclaré prête à réaliser 375 logements sociaux en trois ans, la Société d’habitation du Québec ne lui en a accordé que 14, cette année. Pendant ce temps, les terrains municipaux se font de plus en plus rares et les groupes promoteurs de projets de logements sociaux se retrouvent en compétition avec ceux de condominiums. En milieu rural, dans un comté comme Bellechasse, la difficulté est encore plus grande, car les villes ne considèrent pas que la réalisation de logements sociaux fait partie de leurs responsabilités.
« Je veux un toit au-dessus de ma tête »
C’est en enlignant six témoignages, qui ont bouleversé la cinquantaine de personnes présentes, ainsi que les commissaires Jean Trudelle, Shirley Roy et Joan Tremblay, que le groupe Personnes handicapées en action de la Rive-Sud, a dénoncé l’absence d’une politique d’accessibilité universelle permettant à toute personne, quelles que soient ses limitations physiques, de circuler et de vivre dans un appartement bien à elle.
Une femme de 32 ans souffrant de paralysie cérébrale a affirmé qu’elle se bat depuis une dizaine d’années pour avoir un appartement adapté pour sa situation, mais qu’elle n’avait aucun autre choix que de continue à vivre chez ses parents : « Je suis bien traitée, mais je ne sais pas ce que la vie me réserve. Je veux vivre ma vie, avoir toute mon autonomie. Je veux avoir un toit au-dessus de ma tête ». Une autre personne a raconté les difficultés qu’elle éprouve en essayant de circuler en fauteuil roulant dans un appartement trop petit, alors qu’une autre a témoigné qu’elle doit monter au troisième étage où elle habite avec une marchette.
Toutes ont dit leur peur de se retrouver en foyer d’accueil ou en Centre d’hébergement et de soins de longue durée, alors que la plupart sont encore jeunes.
Aussi difficile dans Bellechasse
Plusieurs témoignages ont permis de constater que, si les loyers sont beaucoup moins chers en milieu rural, la difficulté de se loger n’y est pas beaucoup moins grande. Une femme, qui a déménagé à Armagh, dans le comté de Bellechasse, s’est rapidement aperçu de la difficulté de vivre dans un village situé loin des services, où la voiture est indispensable et où les logements sont souvent de mauvaise qualité. Si elle paye moins cher de loyer qu’à Lévis, l’absence d’isolation de son logement lui coûte une fortune en chauffage, avec les mêmes conséquences : couper sur la nourriture ou les fournitures scolaires ; avoir recours à des services de groupes communautaires.
L’A-Droit de Chaudière-Appalaches, qui intervient en santé mentale dans toute la région, a invoqué les problèmes de discrimination vécus dans « de petits milieux où tout le monde se connaît ». Il a ajouté qu’en milieu rural, les HLM sont réservés aux personnes âgées et qu’il n’y a « pas de place pour les ménages avec d’autres problématiques ».
Un travailleur de rue (ou de rang, a-t-il ajouté) de la Municipalité régionale de comté (MRC) de Bellechasse a témoigné de son travail auprès de jeunes adultes et de jeunes familles qui « vivent des situation qui ont pas d’allure » : « Il n’y a pas d’itinérance dans la MRC, mais de l’errance : des personnes qui vont d’une place à l’autre, qui n’ont pas de bail et qui subissent de la discrimination ».
L’audience de Lévis a été organisée avec la collaboration du Centre de femmes L’Ancrage et l’ADDS de la Rive-Sud.
C’est en autres parce que Sainte-Thérèse est la ville où l’on retrouve la plus grande proportion de locataires dans les Laurentides (52,4%) que le Commission populaire itinérante sur le droit au logement a choisi de s’y arrêter pour y tenir audience le 15 novembre dernier. L’audience était organisée en collaboration avec la Table de concertation de lutte à la pauvreté Thérèse-de-Blainville, dont certains membres ont formé un comité qui s’intéresse particulièrement à la question du logement social dans la région. Au nombre de ceux-ci, le Centre Rayons de Femmes, qui a pris la parole pour brosser un portrait des besoins des femmes de la région en matière de logement. Rappelant que le logement est un des déterminants de la santé, la coordonnatrice du Centre, Micheline Gauthier, a parlé de la grande précarité que vivent beaucoup de femmes à faibles ou modestes revenus des Laurentides, une région où il y a peu de logements sociaux pour les accueillir. « Des femmes attendent depuis 12 ans sur la liste », a-t-elle ajouté. Les femmes, qui représentent la majorité des locataires dans la région, font face à de la discrimination et à de l’intimidation de la part de leurs propriétaires. Selon l’organisme, elles craignent de faire valoir leurs droits de peur de représailles.
Si les groupes du milieu prennent le relais et tentent de leur venir en aide, il n’existe pas d’organisme qui défende les droits des locataires à Sainte-Thérèse et le milieu s’en ressent. Dans les Laurentides, il faut aller à Saint-Jérôme pour trouver un tel groupe, le Carrefour d’actions populaire de Saint-Jérôme, ou encore à Saint-Eustache, où l’Association de promotion et d’éducation en logement (APEL) a pignon sur rue. Il n’est donc pas étonnant que plusieurs intervenants aient souligné l’importance d’informer les locataires de leurs droits.
La région des Laurentides est très touristique. Droits et recours Laurentides, un organisme qui travaille à la promotion et à la défense des droits en santé mentale, a expliqué que de plus en plus de personnes venues de Montréal choisissent de s’y installer, principalement dans des condos. Cette migration engendre une pression indue sur ceux et celles qui sont à faibles revenus et qui trouvent plus difficilement à se loger : « ça fait une pression sur la hausse des loyers et entraîne des reprises et des évictions », a déclaré la porte-parole.
Par ailleurs, plusieurs personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle, impliquées notamment dans le Mouvement Personne d’abord, sont venues témoigner des conditions de logement difficiles qu’elles subissent, faute d’avoir les moyens de déménager. Une locataire a raconté que suite à un dégât d’eau dans son logement, le propriétaire lui avait dit de « téléphoner au bon Dieu » pour régler son problème.
Face aux graves cas d’insalubrité, l’APEL a souligné que le Québec devait se doter sans tarder d’un code du logement, tout en développant plus de logements sociaux. Car le manque de logements locatifs accessibles, sociaux ou privés, est criant. « Le rôle de nos gouvernements est majeur, ils ont des responsabilités et ils doivent y voir », a ajouté une intervenante au micro. À Sainte-Thérèse en 2012, 166 unités de condos avaient été mises en chantier, pour seulement 10 unités de logements locatifs. À ce sujet, une résidente de Boisbriand a dénoncé le manque de logements sociaux dans sa municipalité et le peu de volonté politique de l’administration municipale. Tandis que les écarts entre riches et pauvres se creusent, L’Écluse des Laurentides a souligné l’endettement excessif de plusieurs ménages et l’augmentation de l’itinérance. « À Saint-Eustache, il y aurait une trentaine d’itinérants », a-t-on affirmé.
Les prix des logements dans la région explosent, notamment à Saint-Jérôme (18,4% d’augmentation depuis 2005). Face à cette situation, le Carrefour d’Actions populaire revendique un gel ainsi qu’un registre des loyers pour protéger les locataires. Certains problèmes dans les HLM ont aussi été soulevés par des locataires, qui ont fait état de leur vulnérabilité face à l’Office : « les locataires vivent dans la peur de perdre leur logement s’ils parlent des problèmes », a affirmé une femme.
 Julien Barbeau de l’Alliance des Travailleurs Agricoles de St-Eustache
Une réalité méconnue, celle des travailleurs migrants, a été dépeinte par un employé de l’Alliance des travailleurs agricoles de Saint-Eustache. Des travailleurs saisonniers, principalement venus de l’Amérique centrale et du Sud, doivent s’entasser à plusieurs dans des espaces insalubres. Certains vivent à 8 ou 10 personnes dans des conteneurs, sans eau potable. Les atteintes aux droits humains sont multiples et ne semblent pas préoccuper le gouvernement canadien. Certains propriétaires vont jusqu’à interdire, en tout temps, aux travailleurs de quitter le site de la ferme. Si cette situation intolérable doit être dénoncée, elle trouve une oreille bien peu attentive à Ottawa où le gouvernement Harper a mis en place une série de mesures qui laissent croire que tous et toutes n’ont pas les mêmes droits…
 Les commissaires Marcel Duhaime, Yannick S. Mondion et Martin Gallié
Le 13 novembre dernier, se tenait l’audience de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement à Sherbrooke. L’événement était organisé en collaboration avec l’Association des locataires de Sherbrooke qui avait mobilisé des dizaines de groupes communautaires et de personnes mal-logées pour l’occasion. L’audience était présidée par le commissaire Yannick S. Mondion, militant dans le milieu de l’itinérance. Ce dernier était accompagné des commissaires Marcel Duhaime, représentant de la Ligue des droits et libertés et de Martin Gallié, professeur en droit du logement à l’Université du Québec à Montréal.
L’Association des locataires a été le premier groupe à prendre la parole pour présenter un portrait global de la situation critique du logement dans la région. Si la grave pénurie de logements qui a marqué la région métropolitaine estrienne est terminée, elle a laissé des marques : depuis 2006, le loyer moyen à Sherbrooke a augmenté de 16,4%. Dans une ville où seulement 3% du parc locatif est composé de logements sociaux, les personnes à faible revenu se trouvent fréquemment coincées dans des appartements en mauvais état, voire carrément insalubres. « À Sherbrooke, ils sont 1800 sur la liste des HLM », a rappelé Normand Couture, coordonnateur de l’Association.
Alors que le taux de chômage et le nombre de personnes vivant de l’aide sociale y sont plus élevés que la moyenne provinciale, l’Estrie est aussi le lieu d’un nombre croissant de causes de non-paiement de loyer à la Régie du logement. L’organisme de défense des droits Solidarité populaire Estrie a souligné que cette hausse marquée n’était pas étrangère à la pauvreté qui frappe durement les gens de la région. « Avec le niveau de l’aide sociale qui demeure inchangé, les ménages à faible revenu sont pris à la gorge ». Normand Couture a conclu : « La lutte pour le droit au logement sera terminée quand on pourra parler de pauvreté au passé ».
Jacques Côté, de la Fédération des coopératives d’habitation de l’Estrie a sensibilisé la Commission à la menace que représente la fin des subventions fédérales aux coopératives d’habitation. En effet, ce désengagement d’Ottawa réduira substantiellement l’accessibilité financière, pour les personnes à faible revenu, à des milliers de logements sociaux et coopératifs. Monsieur Côté a expliqué : « La fin des conventions, c’est comme une aberration… Les besoins sont pourtant criants. Le gouvernement se retire. Il ne veut plus utiliser les outils qu’il a lui-même élaborés. Nous, on veut continuer à accueillir des gens à faible revenu! Ça nous prend l’aide du gouvernement ». Il a aussi rappelé que cet enjeu faisait déjà des ravages : « À cause de la fin des conventions, on a déjà perdu 125 logements. 125! Sur un petit parc, ça paraît! »
Les situations particulières que vivent les femmes ont aussi été abordées, tout d’abord par le Centre des femmes du Granit (Lac Mégantic), une région où l’absence de comité logement se fait sentir. Marisol Laneuville, qui parlait au nom du centre, a expliqué que les femmes qui visitent l’organisme vivent souvent en situation de pauvreté et d’isolement. Beaucoup de femmes se disent victimes d’intimidation de la part de leur propriétaire et doivent sacrifier plusieurs besoins essentiels, notamment l’alimentation, pour arriver à se loger. Une femme du centre a parlé de sa réalité : « Couper dans ce qui est essentiel comme la nourriture… C’est couper dans la dignité. Quand j’étais dans la rue et itinérante, je mangeais mieux qu’avec un logement ». Elle a expliqué : « J’étais contente, quand je suis déménagée, c’était frais peint. Un mois plus tard, toute la moisissure sortait! ». Le Centre des femmes de Memphrémagog a aussi pris la parole : « C’est beau la région Memphrémagog. En dessous de toute la beauté, il y a la pauvreté. » Dans une ville comme Magog où il y a 232 millionnaires, la pauvreté est souvent cachée et les femmes exclues. « Les femmes préfèrent se taire que de défendre leurs droits. Elles ont peur qu’on les traite de féministes, si elles osent parler. Elles préfèrent payer le prix de se taire ».
La problématique de l’itinérance a aussi été abordée par plusieurs groupes. L’organisme Qualilogis, qui offre de l’accompagnement pour trouver un logement et du soutien pour la stabilisation résidentielle de personnes à risque d’itinérance, a expliqué à la Commission les problèmes auxquels se butent les personnes à faible revenu dans leurs démarches pour trouver ou garder un logement. « Comment tu veux te trouver une job quand pour payer ton loyer, tu peux pas te payer un téléphone, tu peux pas te payer de savon à linge?», a demandé l’intervenant Patrick aux commissaires. Ce dernier a souligné la grande solitude vécue par les personnes vivant en situation de pauvreté, lesquelles arrivent difficilement à se payer la télévision, souvent leur seul contact avec le monde extérieur. La Chaudronnée, qui offre des milliers de repas par année à des personnes dans le besoin, a parlé d’une augmentation de 50% de la fréquentation de la ressource depuis 10 ans. Marie-Claude Vézina, coordonnatrice, a salué l’instauration d’une Politique en itinérance mais a rappelé qu’il fallait que cette Politique se traduise en mesures concrètes. Elle a souligné l’importance de préserver les maisons de chambres de Sherbrooke pour les personnes à risque ou en situation d’itinérance et de financer le soutien communautaire. Une femme qui a témoigné devant la commission a expliqué comment elle s’est retrouvée à la rue, après avoir séjourné pendant des mois dans sa voiture, faute de trouver un logement abordable.
Plusieurs intervenantEs ont soulevé la question de la prostitution à laquelle doivent s’adonner plusieurs femmes à cours de ressources. Le porte-parole de Qualilogis a rapporté les propos d’une femme : « J’écarte les jambes, je me ferme les yeux, et j’ai une place pour rester ». Le sujet de la prostitution chez les femmes, notamment pour arrondir les fins de mois, a resurgi à quelques reprises. En fin de commission, une femme a ajouté : « Que les commissaires ne me demandent pas comment je paye mes fins de mois ».
La Coalition sherbrookoise pour le travail de rue a pointé du doigt le cercle vicieux de l’endettement qui guette les personnes à faible revenu. La question de l’enquête de crédit a aussi été dénoncée par le Service d’aide aux Néo-Canadiens, notamment son impact sur les personnes immigrantes, sans historique de crédit et sans endosseur. La question du prêt usuraire a aussi été soulevée : « Les propriétaires prêtent des sous à des taux d’intérêt incroyables. Je te passe 40 $ pour que tu puisses payer ton loyer. Mais tu me redonnes 80 $! », a-t-on expliqué. L’ACEF de l’Estrie a mentionné que plusieurs locataires moins nantis choisissent des logements moins dispendieux mais qui s’avèrent plus énergivores. La hausse prochaine des tarifs d’hydro-électricité accentuera sans doute ce phénomène.
Une majorité de personnes au micro a rappelé aux commissaires l’importance de réaliser du logement social. Un homme vivant avec un handicap visuel a affirmé : « J’ai réussi après des années à avoir mon HLM. Maintenant, je peux mieux vivre. Et je peux aider ma fille et ses enfants qui vivent en situation de pauvreté. Depuis qu’on a un HLM, moi et ma femme, on peut les aider, à faire l’épicerie, par exemple ».
Une grande question ressortait au terme de l’audience de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement qui s’est déroulée à Montréal, le 7 novembre et au cours de laquelle une cinquantaine de personnes et d’organisations de toutes sortes ont pris la parole: « Le droit au logement peut-il être compatible avec la recherche absolue de profits, la spéculation, la marchandisation de l’habitat et de la ville ? ». Si elle avait été posée aux 250 personnes qui ont assisté à une partie ou à l’entièreté des témoignages, la réponse aurait probablement été non.
Des thèmes entendus tout au long des autres audiences de la Commission ont évidemment été abordés: coût beaucoup trop élevé des loyers, discrimination et harcèlement de la part de propriétaires, insalubrité des logements… Ce dernier enjeu a largement été touché sous l’angle de ses conséquences sur la santé, entre autres par une infirmière de l’organisme La Maison bleue, qui vient en aide aux femmes enceintes et aux jeunes enfants.
D’autres problématiques ont été mises en lumière, certaines pour la première fois depuis le début des audiences, d’autres dans des termes encore plus explicites.
Une ville pour qui ?
Ce fut notamment le cas de l’enjeu de la spéculation foncière et de l’embourgeoisement de plusieurs quartiers populaires. Le POPIR Comité-logement a carrément parlé de « condoïsation » des quartiers du Sud-Ouest de Montréal et de « privatisation » des politiques publiques d’aménagement urbain désormais pensées en seule fonction du développement immobilier privé. Le Comité logement Ville-Marie a évoqué la baisse du nombre de logements locatifs dans cet arrondissement du centre-ville de Montréal et montré comment l’envolée de la valeur foncière se répercutait sur le coût des loyers.
Quant au Comité logement du Plateau, il a dénoncé la « conversion déguisée de logements locatifs en condos », subterfuge permettant de contourner le moratoire sur de telles transformations en passant par la copropriété indivise, de même que les reprises de logement. Plusieurs témoignages de locataires du Plateau, de Villeray ou de Verdun ont permis d’illustrer les manœuvres utilisées par des propriétaires pour s’en débarrasser et éventuellement transformer les logements ainsi libérés en condos.
L’ampleur et la diversification du phénomène de l’itinérance ont également été démontrées. Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) a expliqué que l’itinérance continue à s’aggraver à Montréal, les ressources connaissant un taux de fréquentation moyen de 90 % à l’année longue. Les maisons de chambres continuent de disparaître. De nouveaux visages de l’itinérance apparaissent de plus en plus clairement, celles de personnes de plus en plus âgées, de femmes, de personnes immigrantes et d’autochtones. Donat Savoie, qui travaille depuis 1967 en milieu arctique et qui représentait la Société Makivik, a fait le lien entre les conditions scandaleuses de logement au Nunavik et l’itinérance inuit à Montréal. Celle-ci compte pour 45 % de l’itinérance autochtone à Montréal.
Encore plus dur
 Présentation du Projet Genèse
Les témoignages d’organismes comme Solidarité Sans frontières, Femmes du monde, Projet Genèse de Côte-des-Neiges, le Comité d’action de Parc-Extension et Action-Dignité Saint-Léonard ont illustré jusqu’à quel point les personnes et les familles plus récemment arrivées au pays sont exposées aux pires abus : discrimination lors de la location d’un logement, accès aux logements les plus insalubres, harcèlement, menaces, etc. La situation est encore pire pour les ménages sans statut ou à statut précaire qui, de surcroît, n’ont même pas droit à un logement social. Solidarité sans frontière s’est attardée à démolir le mythe voulant que les ménages immigrants aient accès aux logements sociaux avant les autres. L’organisme en appelé à la solidarité entre les mal-logéEs, quel que soit leur statut.
Des organismes intervenant auprès de jeunes en difficulté comme Hébergement Saint-Denis, le Bureau de consultation jeunesse et Passages ont montré comment il leur était difficile d’arriver à se trouver un premier logement. Non seulement ces personnes sont-elles victimes de préjugés et de discrimination lorsqu’elles sont en recherche d’un logement, mais les propriétaires leur exigent presque systématiquement des cautions qui ne peuvent venir de leurs parents… avec lesquels elles sont souvent en conflit.
« L’accessibilité universelle m’a redonné la liberté » a témoigné une locataire vivant avec une situation d’handicap.
Les problèmes rencontrés par les aînéEs et les personnes handicapées ont aussi été exposés, notamment par le Comité logement Rosemont. Ex æquo a défendu la nécessité de l’accessibilité universelle des immeubles et des logements pour favoriser l’équité entre les personnes et l’inclusion de toutes et de tous, quels que soient leurs limitations physiques. Une femme se déplaçant en fauteuil roulant en a donné des exemples concrets : « Il n’y a pas d’accessibilité s’il y a une, deux, trois marches ». Elle a expliqué comment la location récente d’un logement avec accessibilité universelle a changé sa vie: « L’accessibilité universelle m’a redonné la liberté ».
Action autonomie a pour sa part illustré les difficultés vécues par les personnes ayant des problèmes de santé mentale qui n’ont souvent accès qu’à ce que l’organisme a appelé le « logement indigne ».
Pour assurer le droit au logement
La faiblesse des protections légales à la disposition des locataires a été dénoncée tout au long de l’audience. L’importance du logement social a également été un thème récurrent.
Plusieurs témoignages ont en fait ressortir les bienfaits. Daren, une locataire de Côte-des-Neiges qui s’est retrouvée sur le bord de l’itinérance a affirmé que « son HLM lui avait sauvé la vie ». Jean-Paul, un locataire d’une maison de chambres achetée récemment par l’organisme Sac à dos a à peu près dit la même chose en un seul mot : « Enfin ! ». Le Comité Bails et le Cap Saint-Barnabé ont aussi témoigné d’une expérience en cours de socialisation d’un immeuble à logements dans un coin du quartier Hochelaga-Maisonneuve aux prises avec des problèmes aigus de toxicomanie, de prostitution et d’itinérance. Ils ont expliqué à la fois la nécessité de la démarche, mais aussi ses difficultés.
Plusieurs groupes ont par ailleurs déploré la faiblesse du financement de nouveaux logements sociaux, les difficultés de plus en plus grandes vécues avec le programme AccèsLogis ou encore la compétition injuste avec les promoteurs de condominiums pour l’acquisition de terrains pour du logement social. Presque tous ont prôné la mise sur pied par la Ville de Montréal d’une réserve de terrains à des fins de logement social.
La fin prochaine des subventions fédérales aux logements sociaux a été dénoncée par des organismes comme la Coalition de la Petite-Bourgogne, le Comité logement Rosemont, le Regroupement information logement (RIL) de Pointe Saint-Charles et la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale de Montréal (FÉCHIMM). Une membre du Conseil d’administration de la Fédération en a parfaitement illustré l’enjeu, en expliquant que « toutes les coopératives d’habitation n’en mourront pas, mais toutes seront touchées ».
Diane, membre du Comité d’action des citoyens et des citoyennes de Verdun, a utilisé plusieurs formules choc pour dénoncer l’absence de respect du droit au logement, dont une qui a directement interpellé les choix budgétaires du gouvernement conservateur de Stephen Harper : « C’est désastreux que les avions de guerre passent avant les êtres humains ».
L’audience de la commission populaire à Québec, le 5 novembre, a fait l’objet d’une mobilisation exceptionnelle de nombreux groupes sociaux et de citoyennes et citoyens qui se sont déplacés en grand nombre pour y assister et y témoigner. Pas étonnant quand on sait que les locataires de la ville vivent avec une pénurie persistante de logements locatifs, une hausse importante des loyers depuis 10 ans, unefaible construction d’appartements locatifs et la transformation d’une partie des logements en condominiums. Les commissaires Simon Tremblay-Pepin, Martin Gallié et Shirley Roy ont entendu les présentations de 22 organismes et les témoignages d’une douzaine de locataires de divers quartiers de la ville.
La pénurie : un obstacle majeur à l’accès au logement
Le taux de logements inoccupés, qui devrait être d’au moins 3 %, pour être équilibré, n’a jamais dépassé 1,6 % depuis l’an 2000 à Québec. Il y est actuellement de 0,7%. Ce déséquilibre marqué a eu un impact manifeste sur la hausse du coût des loyers. Le Syndicat des travailleuses et travailleurs du Hilton, le Conseil central de la CSN de Québec-Chaudière-Appalaches, le Centre famille Haute-ville et plusieurs autres ont fait remarqué qu’il est difficile de trouver des logements au centre-ville et que le logement gruge une partie toujours plus importante des revenus familiaux. « On réfère les familles au sous-sol de l’église pour aller chercher de la bouffe », a dit la coordonnatrice du Centre-famille, précisant que sans la construction de nouveaux logements sociaux, le centre-ville risque de changer profondément. Les locataires s’arrangent maintenant avec des situations qui auraient été inacceptables il y a quelques années a constaté le Comité des citoyennes et citoyens du quartier Saint-Sauveur. Ce dernier remarque, par exemple, que les gens acceptent des hausses de loyers abusives par crainte de perdre leur logement. L’instauration d’un réel contrôle des loyers a d’ailleurs été recommandée par le Comité et par plusieurs autres groupes au cours de l’audience.
L’obligation de vivre en colocation comme stratégie pour pouvoir payer le loyer a été nommée à plusieurs reprises, autant par Lauberivière que le Centres des femmes de la basse-ville. « J’ai un revenu revenu de 904,13$ par mois, mon loyer est de 509$ et je paie 90$ d’Hydro si j’avais pas de colocataire ça ne serait pas possible d’arriver », a témoigné une locataire forcée d’abandonner son métier de coiffeuse en raison de problèmes de santé. « À 65 ans, si je n’ai pas encore accès à un HLM, je me demande bien ce que je vais faire ». Cette même locataire a du se rendre jusqu’au tribunal administratif pour démontrer à l’aide sociale qui voulait lui imposer une coupure pour partage de logement que son colocataire était bel et bien un coloc et pas un conjoint de fait. Le Mouvement personne d’abord a lui aussi dénoncé la coupure du chèque d’aide sociale pour partage de loyer. Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, qui œuvre dans le quartier qui compte la plus haute proportion de personnes seules, a souligné les difficultés vécues par ces locataires qui vivent avec un seul revenu, affirmant que le marché immobilier les laisse en plan. Urb’action, un comité de mobilisation citoyenne dans le secteur de Sainte-Foy-Sillery a affirmé qu’en raison du prix élevé des logements, les personnes doivent fréquemment couper dans leurs autres besoins essentiels. « Ça prend du logement social car les personnes à faible revenu ne sont plus capable de payer le loyer sur le marché privé », a renchérit l’ADDS-QMqui a démontré dans sa présentation l’impossibilité de payer un loyer avec un chèque d’aide sociale.
 Témoignage d’une membre du Centre des femmes de la basse-ville (photo: Réal Michaud)
Le directeur de Lauberivière, organisme qui aide 5000 personnes itinérantes ou en situation de précarité à chaque année, a rappelé que l’« accès au logement demeure le pire obstacle à la réinsertion des personnes itinérantes ». Les gens qui fréquentent cette ressource doivent souvent mettre l’ensemble de leur revenu sur le loyer, ce qui fait que même quand ils en trouvent un, elles doivent continuer à aller à Lauberivière car elles ont tout mis dans le loyer a-t-il soutenu. En plus, plusieurs vivent de la discrimination dans l’accès au logement, en raison de leur revenu mais également de leur apparence physique, a témoigné un ex-itinérant selon qui les personnes qui « sont mal arrangées » se font écarter par les propriétaires. Selon le Regroupement d’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), les propriétaires présument que le faible revenu des personnes ne permettra pas de payer le logement.
Lire l’article À Québec : Pénurie persistante et spéculation, un mauvais mélange

Les spécificités de la situation de l’habitation en Outaouais québécois ont été mises en lumière, lors de l’audience de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, à Gatineau, le 30 octobre. Tout au long de la journée, les trois commissaires, Lucie Lamarche, Alexa Conradi et Yannick S. Mondion, et les 75 personnes présentes ont entendu des organismes et des personnes témoigner des multiples difficultés à se loger dans une région pourtant reconnue comme riche, mais où la pauvreté est omniprésente.
François Roy, coordonnateur de Logemen’occupe, a démontré que la proximité d’Ottawa, située juste de l’autre côté de la rivière, crée une pression à la fois sur le coût et sur l’offre de logements locatifs. Parmi les six régions métropolitaines, c’est à Gatineau où les logements sont les plus chers au Québec, le loyer moyen étant de 705 $ par mois au printemps 2012. Les logements sont également très rares, surtout ceux de trois chambres à coucher et plus. Or, l’absence de grands logements pénalise particulièrement les familles, souvent nombreuses, issues de la nouvelle immigration dans une ville qui a justement été ciblée pour les recevoir en grand nombre.
Accueil parrainage Outaouais a renchéri à ce sujet, en démontrant que les personnes et les familles nouvellement arrivées au Canada sont les plus vulnérables. Elles passent difficilement le cap de l’enquête de crédit et, même
si c’est illégal, elles se font demander des avances de 3 à 6 mois de loyer. Quand elles accèdent à un logement, il est bien souvent insalubre, ce qui ne les empêche pas d’y consacrer de 70 % à 100 % de leurs revenus au logement.
Le problème de l’insalubrité est d’ailleurs revenu régulièrement dans les 27 témoignages entendus, dont douze d’organismes et quinze de locataires qui se sont retrouvées ou sont toujours en très grande difficulté. Diane Tremblay, directrice d’Entraide familiale Outaouais, dont le travail les met en lien quotidien avec des personnes et des familles en situation de pauvreté, en a témoigné : « Les taudis, on les a probablement tous vus ». Elle a fait ressortir une composante indispensable du droit au logement, celui à l’ameublement.

Certains groupes, dont le Collectif de lutte à l’itinérance de l’Outaouais, ont également invoqué le nombre grandissant de
personnes et de familles sans logis, alors que d’autres parlaient des difficultés particulières vécues par les personnes handicapées, les personnes âgées, celles qui ont des problèmes de santé mentale ou celles atteintes du VIH-Sida.
Certaines notes d’espoir ont heureusement été entendues durant la journée d’audience, dont celles de locataires dont le sort s’est amélioré quand elles ont eu accès à un logement social avec support communautaire. Une locataire des Œuvres Isidore-Ostiguy l’a exprimé très clairement : « Maintenant, je vis… Avant, je ne vivais pas »
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 Une quarantaine de personnes ont assisté à l’audience de la Commission à Maniwaki
Le lundi 29 octobre 2012 dernier, se tenait à Maniwaki une audience de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, la première d’une série de deux en Outaouais. Le FRAPRU tenait à se rendre à Maniwaki, notamment parce que 15% de sa population s’identifie comme autochtone. L’événement était organisé en collaboration avec l’Association d’entraide et de solidarité communautaire de la Haute-Gatineau (ASEC), un organisme de défense de droits actif dans la région depuis plusieurs années. De la quarantainede personnes présentes, une quinzaine ont pris la parole, en leur nom personnel ou au nom de groupes, pour dénoncer les atteintes au droit du logement dans la région. Les commissaires étaient
Maître Lucie Lamarche, professeure de droit à l’Université d’Ottawa, et Joan Tremblay, présidente du Collectif pour un Québec sans pauvreté.Danielle Beaudry, coordonnatrice de l’ASEC, a d’abord parlé des différentes discriminations auxquelles font face les personnes à faible revenu dans l’accès au logement, notamment les femmes monoparentales. Halte-femmes Maniwaki, une maison d’hébergement, a abordé la discrimination presque systématique dont les femmes autochtones sont l’objet dans la recherche d’un logement. « Quand une intervenante fait une démarche avec une femme autochtone et que c’est l’intervenante qui parle au téléphone, ça marche, le logement est libre. Quand c’est la femme autochtone qui téléphone, le propriétaire entend l’accent et dit toujours que l’appartement n’est plus disponible! ». Un peu plus tard, Habitations Métis du Nord, un OSBL de logement social destiné aux Autochtones, est venu y prendre la parole pour parler du manque de ressources pour soutenir cette population: « Je ne peux parler trop longtemps car je suis la seule intervenante pour tout le territoire! », s’est exclamée la porte-parole.Des intervenantes ont aussi souligné que les appartements les moins chers étaient souvent ceux qui étaient éloignés des services. Ainsi, dans une région où il n’y a pas de transport en commun, plusieurs femmes sont extrêmement isolées et doivent débourser des sommes importantes pour payer le taxi pour aller faire l’épicerie, une fois par mois. « Toutes nos femmes sont sur la liste d’attente pour des logements sociaux. Rares sont celles qui ont accès à un logement social. C’est très dur à comprendre », ont-elle renchéri.
 Pierre Mathieu militant de longue date et Danielle Beaudry coordonnatrice de l’ASEC ont fait visité leur ville à la délégation du FRAPRU. Ici, devant un des rares HLM de la ville.
Une mère de deux enfants a aussi dénoncé le manque de sécurité dans son ancien logement. « Après de multiples demandes auprès de mon propriétaire pour sécuriser l’endroit avec des serrures, une bagarre a éclaté et j’ai perdu l’enfant que je portais ». « On parle pas de luxure. On parle de nécessité de base! » Elle n’a jamais reçu la moindre indemnisation.
Pierre Mathieu, militant de longue date dans la région, a abordé la question de la concentration de la pauvreté et des logements sociaux. Monsieur Mathieu a expliqué qu’il était très difficile pour les personnes vulnérables de se défendre. Il a conclut en disant : « La chose qui manque le plus, dans la région, c’est un organisme de défense des droits des locataires! ».
Les problèmes d’insalubrité et de vétusté du parc actuel de logement ont été abordés à de nombreuses reprises, notamment dans la municipalité de Gracefield. L’impact de l’insalubrité sur la santé a souvent été soulevé; on a évoqué la situation d’enfants développant des problèmes respiratoires parce que vivant dans des taudis. « Si vous voyiez les logements, vous resteriez bêtes. Ça devrait juste être démoli ».
Par ailleurs, une intervenante du CSSS a dénoncé le manque de logements sociaux adaptés aux personnes à mobilité réduite : « Je connais une dame en fauteuil qui attend son HLM depuis 8 ans!»
Pour conclure, Danielle Beaudry a aussi rappelé les impacts des coupures à l’assurance-chômage sur le droit au logement. Selon la coordonnatrice de l’ASEC, les gens partent déjà de la région pour se rapprocher de Gatineau et d’Ottawa.
Les témoignages, souvent émouvants, entendus par la centaine de personnes présentes à l’audience de la Commission populaire itinérante, à Saguenay, le 25 octobre, ont démontré que les problèmes de logement représentent aussi des drames humains pour les personnes qui les vivent. Des mots comme « stress », « peur » ou « problèmes de santé » sont constamment revenus quand des locataires racontaient les situations auxquelles ont été ou sont encore exposées : coût du logement qui oblige à couper dans la nourriture ou les médicaments; demandes de hausses de loyer de 30 $, 50 $, 100 $ par mois; discrimination, harcèlement, intimidation de la part de propriétaires; insalubrité des logements (moisissures, rongeurs, coquerelles, chauffage déficient, etc.).
Une dame âgée a témoigné, à huis-clos, de toutes les malversations qu’elle a dû subir de la part de son propriétaire dont elle a encore peur, même si elle a réussi à se trouver un autre logement. Une personne handicapée a, pour sa part, relaté qu’il lui arrivait de tomber dans l’escalier du logement à deux chambres auquel elle est condamnée pour encore un an.
Des organismes ont également témoigné des réalités auxquelles les personnes qui s’adressent à eux sont confrontées. Une intervenante du Service budgétaire de Jonquière, a affirmé que s’il était extrêmement difficile d’arriver à se loger pour des personnes assistées sociales ayant des contraintes sévères ou temporaires à l’emploi, « c’est carrément impossible dans le cas des personnes sans contraintes ». Celles-ci n’ont d’autres choix que de se retrouver en chambres, en cohabitation forcée ou en situation d’itinérance. Le Centre L’Escale de Jonquière a quant à lui parlé des problèmes rencontrés par les personnes ayant des problèmes de santé mentale qui se retrouvent dans les pires logements où « les propriétaires ne posent pas trop de questions sur leur état ».
Le Syndicat des intervenantes et des intervenants de la santé du Nord-est québécois, affilié à la Centrale des syndicats du Québec, a démontré les conséquences que les violations du droit au logement ont sur la santé. Marcel Duhaime de la Ligue des droits et libertés, qui agissait comme commissaire avec Jean-Marc Piotte, professeur émérite en sciences politiques de l’Université du Québec à Montréal et Joan Tremblay, présidente du Collectif pour un Québec sans pauvreté, a résumé ses propos en ces termes : « Un dollar en logement vaut plusieurs dollars en santé ».
Enfin, plusieurs locataires demeurant en HLM ou coopératives d’habitation ont emboîté le pas à Sonia Côté, coordonnatrice de Loge m’entraide, pour évoquer les conséquences néfastes que pourrait avoir la fin imminente des subventions à long terme que le gouvernement fédéral verse encore à 127 000 logements, dont près de 6 000 au Saguenay-Lac Saint-Jean.
10 locataires et 6 représentant-e-s d’ organismes du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont fait des présentations à la Commission.

- Le phénomène de discrimination dans l’accès au logement se constate à la lecture des petites annonces: « chambre à louer pour travailleurs seulement ».
C’est à l’enseigne de la rareté extrême de logements que s’est déroulée l’audience de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, à Sept-Îles, le mercredi 24 octobre et qui a réunit une quarantaine de résidantes et résidants de la Côte-Nord, principalement de Sept-Îles.13 présentations et témoignages y ont été faits. Cette pénurie, cette crise, elle a une cause que plusieurs intervenantes et intervenants à la Commission ont nommée sans ambiguïté : un développement économique effréné, sans préoccupations sociales ou écologiques, alimenté par le Plan Nord de l’ex-gouvernement libéral de Jean Charest.
Un tel développement repose en grande partie sur un phénomène baptisé « fly in and fly out », c’est-à-dire sur le recours à une main d’œuvre, venue de l’extérieur de la région et qui la quitte dès qu’elle peut. Le président de l’Office municipal d’habitation de Havre Saint-Pierre, situé à près de 300 kilomètres de Sept-Îles, a témoigné des impacts négatifs que vit déjà sa municipalité, en raison de la réalisation d’un autre projet pharaonique : la construction du barrage hydro-électrique La Romaine.
L’audience a toutefois permis d’aller au-delà du constat de l’absence de logements. Comme l’a dit une représentante de la Ressource Féminin pluriel, qui offre hébergement et soutien aux femmes victimes de violence conjugale, « on peut discuter longtemps de l’absence de ceci ou de cela, mais la réalité fait encore plus mal que l’absence ».
Cette réalité, ce sont des femmes victimes de violence qui, faute de logements qu’elles peuvent payer, n’arrivent pas à sortir de la maison d’hébergement qui doit les accueillir temporairement, ce qui a pour conséquence que d’autres femmes en s
 Doris Nadeau du Transit Sept-Îles. « J’ai l’impression que notre société n’a pas la volonté de consacrer autant d’efforts à ceux qui habitent ce nord qu’au Plan Nord » a-t-il dit. (Photo: J-F. A)
Ce sont des ménages à qui on loue des logements ou des chambres sans qu’ils puissent signer de baux et auxquels on fait croire qu’ils n’ont ni le droit de s’opposer à des hausses de loyer abusives, ni celui d’empêcher leur éviction au profit de locataires plus payants.Cette réalité, ce sont des logements et des chambres dont le loyer double du jour au lendemain. Ce sont des logements neufs qui se louent 1 200 $, 1 400 $, 1 600 $ par mois. Ce sont des propriétaires qui annoncent dans les journaux qu’ils ne louent qu’à des travailleurs. Ce sont des personnes assistées sociales ou des Innus venuEs des communautés voisines de Uashat et de Mani-Utenam qui sont l’objet de discrimination systémique et-ou d’étiquetage. Ce sont des personnes ou des familles qui s’entassent dans des logements trop petits, qui se retrouvent en situation d’itinérance, devant dormir en toutes sortes d’endroit, allant de l’automobile à une entrée de blocs appartements ou un garage selon les témoignages.
 Des membres du FRAPRU ont été sensibilisés à la situation particulière du logement sur la Côte-Nord grâce au journal « Le PLan d’Nord » préparé par les membres d’Occupation Quadruple.
C’est une Régie du logement qui, volontairement ou non, se montre impuissante, impotente. Ce sont malheureusement aussi des programmes de logement social qui, comme l’ont témoigné les représentantes du Groupe de ressources techniques, Cité des bâtisseurs, venues de Baie-Comeau, ne sont pas du tout adaptée à la réalité d’une région comme la Côte-Nord où les coûts de réalisation sont beaucoup plus élevés.
C’est un droit au logement bafoué et des gouvernements qui n’assument pas leurs responsabilités pour le faire respecter.
Ces témoignages inquiétants ont été entendus à Sept-Îles par les commissairesJean-Marc Piotte, Marcel Duhaime et Céline Bellot.
Il y avait une quarantaine de personnes réunies à Victoriaville le 23 octobre, pour faire le point sur l’exercice du droit au logement dans le Centre du Québec. Premier constat : un nombre important de ménages sont mal-logés dans la région, au détriment de leur santé physique et-ou mentale. Autres constats largement repris dans les témoignages : de nombreux ménages doivent vivre dans des domiciles insalubres et plusieurs formes de discrimination sont ouvertement exercées par les propriétaires lors de la location d’un logement.
D’entrée de jeu, les difficultés de paiement de loyer ont été signalées. Une représentante de l’organisme Droits Devant Érable a souligné le nombre important de locataires pauvres ayant subi des évictions au cours des dernières années, parfois même sans que les propriétaires aient obtenu une décision conséquente de la Régie du logement. Tout en confirmant que les loyers sont plutôt bas dans la région comparativement au reste du Québec, les organismes communautaires constatent quand même que les revenus d’aide sociale et du salaire minimum sont insuffisants pour permettre aux gens de couvrir l’ensemble de leurs besoins essentiels, dont le logement.
Plusieurs personnes ont par ailleurs mentionné l’état pitoyable d’une proportion importante des logements locatifs de la région. Une représentante du Comité régional en développement social a ajouté que ce problème est également vécu par des propriétaires à revenus très modestes qui ont acheté des petites maisons, lesquelles n’avaient pas été entretenues par leurs prédécesseurs, particulièrement dans la municipalité régionale de comté de Nicolet. Cela a été confirmé dans deux études menées par le Conseil au cours des dernières années. Dans tous les cas, on a déploré l’absence de codes municipaux du logement ou, encore mieux, d’un code national du logement. L’Association des locataires des Bois-Francs, organisme co-organisateur des audiences de la Commission populaire itinérante à Victoriaville, a rappelé que les locataires sont particulièrement mal pris puisqu’ils ne disposent d’aucun outil pour entreprendre des démarches auprès de la Régie du logement, que ce soit pour obtenir des réparations ou des réductions compensatoires de loyer.
Plusieurs exemples ont été donnés de l’attitude cavalière de propriétaires qui refusent de louer leurs logements à des personnes assistées sociales ou parce qu’elles ont des enfants. La représentante du Bureau local d’intervention traitant le SIDA a même relaté le cas d’une personne atteinte du VIH qui a été pressée par son proprio de quitter son logement « pour la sécurité des voisins » et celui d’une autre qui venait de signer son bail mais à qui la propriétaire a refusé de remettre les clés du logement après qu’elle lui ait dévoilé sa séropositivité…!?!
La présidente de l’Association des locataires de HLM de Victoriaville, pour sa part, a souligné qu’il manquait plus de 240 HLM dans la région, autant de ménages étant inscrits sur les listes d’attente de offices municipaux d’habitation. Dans le secteur du locatif privé, on a surtout fait mention de l’absence de grands logements pour répondre, entre autres, aux besoins des nouveaux arrivants.
Enfin, des locataires de HLM ont expliqué comment les officies municipaux d’habitation gèrent de manière autoritaire le parc HLM de la région. Ils ont donné plusieurs exemples de demandes et de suggestions faites par les locataires pour améliorer la qualité de vie, comme l’aménagement de jardins communautaires ou la levée de l’interdiction d’avoir un petit animal de compagnie, mais qui ont toutes été rejetées du revers de la main, sans discussion.
Le lundi 22 octobre, près d’une cinquantaine de personnes ont participé à l’audience de la Commission à Shawinigan en Mauricie. 9 citoyennes et citoyens en leur nom personnel et 11 organismes de la région y ont témoigné : le Centre de femmes de Shawinigan, le RDDS de Shawinigan, la Maison de Connivence un centre d’hébergement pour femmes victime de violence conjugale, le Bureau d’Aide et d’Information sur le Logement Adapté de la Mauricie, le Centre femmes l’Héritage de ouiseville, la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie, la Table de concertation « Abus auprès des aînés » de la Mauricie et le Comité logement Trois-Rivières
Le problème à Shawinigan et en Mauricie ne semble pas tant la disponibilité (le taux d’inoccupation y est de 7% et de 3,8% à Trois-Rivières) mais l’état des logement, voire l’insalubrité et l’insécurité comme plusieurs locataires en ont témoigné. Il ne pourrait pas y avoir un mécanisme municipal simple pour encadrer la salubrité des logements? A demandé le Centre des femmes de Shawinigan. Selon le comité logement Trois-Rivières, plusieurs causes pour insalubrité sont déposées à la Régie du logement, mais les gens finissent pas quitter leur logement devant la lenteur des démarches, car leur santé est en jeu.
Malgré le coût pas très élevé, les problèmes de non-paiement sont nombreux. Le nombre d’éviction pour non-paiement de loyer à augmenté de 48,3% dans les 5 dernières années (comparativement à 2,4% pour l’ensemble du Québec). Cela a probablement à voir avec les nombreuses pertes d’emploi et l’insuffisance du revenu disponible selon le témoignage du Comité logement Trois-Rivières. Le taux de chômage est de 9,2% en Mauricie et le taux de prestataire d’aide sociale est de 10%.
Une réalité particulière à Shawinigan est l’achat depuis quelques années de plusieurs des appartements par des sociétés en commandite de Montréal. Une locataire qui vit dans le même loyer depuis 26 ans, a vu, en 2007 son logement être acheté par compagnie de Montréal et elle vit depuis de grandes difficultés a obtenir des réponses à ses demandes d’entretien et de réparations. Selon elle, plusieurs immeubles appartiennent à des propriétaires montréalais. Pendant ce temps, la régie du logement est de moins en moins présente à Shawinigan a-t-on appris. Ouverte d’abord 5 jours semaine, ses périodes d’ouverture ont baissé à 3 jours par semaine, puis seraient rendues à un après-midi par semaine selon la présentation du Centre de femmes de Shawinigan qui a du même souffle dénoncé que « les individus [soient] pognés pour faire exécuter le jugement de la Régie » alors qu’ils vivent déjà des difficultés.
Un citoyen à aussi dénoncé la discrimination dont il a été victime parce qu’il était prestataire d’aide sociale, ce qui a été soulevé par des intervenant-e-s de groupes. Il a demandé que le gouvernement fasse respecter les droits. Une mère monoparentale a pour sa part expliqué s’être fait refusé deux fois un logement au 2e étage parce qu’elle avait un enfant et que le propiétaires craignait qu’il dérange les autres locataires. Un centre d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale a dit que les propriétaires ne prennent pas de femmes victimes de violence conjugale vont avoir des problèmes dans leur bloc, la même réalité avait été nommée a Gaspé.
Une personne handicapée représentant le Bureau d’Aide et d’Information sur le Logement Adapté de la Mauricie a rappelé pour sa part la double discrimination vécue par les personnes handicapées. Elle a aussi parlé des difficultés a obtenir un logement accessible et adapté : « soit on est chanceux soit on se retrouve dans résidence d’accueil ou en CHLSD ». La façon la plus simple d’avoir un logement adapté selon elle est dans un logement social.
Dans ce contexte où il est difficile d’avoir aces à un logement convenable, l’insuffisance de logements sociaux, en particulier pour les familles a été nommée par plusieurs. Presque tous les groupes ayant pris la parole ont recommandé la construction de davantage de logements sociaux.

Une quarantaine de personne de la grande région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine se sont déplacées pour l’audience à Gaspé de la Commission populaire sur le droit au logement, le 17 octobre. Le passage de la Commission coïncidait avec la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. À cette occasion, une cinquantaine de membres du FRAPRU ont participé à une manifestation organisée par les groupes communautaires de la Côte-de-Gaspé.
Une travailleuse au Centre de femmes la Sentinelle des Iles-de-la-Madeleine et une locataire aînée avaient fait le voyage pour parler de la situation particulière des insulaires. Elle a démontré comment la saison touristique aux îles est limitative pour la recherche de logement. Pour permettre aux propriétaires de louer durant la période touristique « certaines locations se font de septembre à juin ».
Elles nous ont également appris qu’en raison de compressions budgétaires, les audiences des causes à la Régie du logement se font par vidéoconférence. Certaines causes sont entendues par téléphone et d’autres sont mises en attente lorsqu’il y a des problèmes techniques.
« Tout le monde se connaît; le proprios ont le loisir de faire de la discrimination. » Cette phrase a été prononcée par plusieurs, autant aux Îles qu’à Gaspé. Une intervenante de L’Accueil, Blanche Goulet, une maison d’hébergement de 0 à 90 jours qui fait aussi office de comptoir alimentaire, a témoigné des préjugés envers les personnes à faibles revenus et des personnes vivant des situation d’itinérance. Plusieurs personnes travaillant dans des gropes ont indiqué qu’elles conseillent aux personnes fréquentant leur organisme d’appeler à partir d’une boîte téléphonique pour faire leur recherche de logement. C’est le cas de la Maison d’hébergement l’Aid’elles de Gaspé qui reçoit des femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. En plus de vivre de la violence conjugale, l’accès au logement est un combat de tous les jours pour les femmes qu’elle accueille. » Il y a une grande discrimination envers les femmes quand elles sont en recherche de logement quand ils savent qu’elles résident à la Maison d’hébergement car pour eux ce sera « des problèmes ».« Souvent les femmes vont même retourner avec leurs conjoints par manque de logements et en raison des coûts trop élevés », a dit l’intervenante.
Un citoyen a témoigné des difficultés particulières d’accès au logement pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale. Il a témoigné d’un l’impact d’un récent projet de logements communautaires pour personnes ayant des problèmes de santé mentale permettant aux locataires d’avoir un lieu à eux.
La directrice du Groupe ressource en logements collectifs a rappelé que l’absence de logement en Gaspésie et aux Îles est un obstacle important. Si le taux d’inoccupation y est de 1,7%, il était presque nul, il n’y a pas si longtemps. Il varie selon les projets de développement économique. Les travailleurs des chantiers éoliens prennent tous les logements disponibles car ils ont un revenu fixe et élevés, a souligné une représentante du Carrefour jeunesse-emploi Avignon-Bonaventure. Selon un sondage Segma commandé par la Commission jeunesse La Gaspésie/Les Îles, 68,5% des jeunes disent avoir de la difficulté à se trouver un logement sur la côte de Gaspé. L’organisme a mentionné que les maisons sont de plus en plus la cible de villégiateurs, ce qui a un impact sur l’augmentation des prix et accentue le phénomène des logements peu disponibles de septembre à mai.
La pénurie de logement entraine des abus des propriétaires de logement qui louent des logements en mauvais état, parfois non-finis. De nombreuses personnes sont « sans bail », a témoigné une travailleuse dans une ressource alternative en alternative en santé mentale. C’est le cas entre autres dans les maisons de chambre et dans les logements insalubres ou désuets. Les locataires se croient alors sans protection; or il n’existe pas de comité logement ou d’association de locataire pour les renseigner sur leur droit, a-t-on pu constater.
Lire l’article Audience à Gaspé: derrière le rocher Percé, des problèmes de pauvreté!

Le mythe de Laval, ville supposément sans grands problèmes de pauvreté ou de logement, a été sérieusement démenti par les 16 témoignages entendus, le 18 octobre, lors du passage de la Commission populaire itinérante. Une cinquantaine de personnes étaient présentes à cette audience, organisée en collaboration avec l’ACEF de l’Île Jésus.
L’un après l’un, les témoignages de locataires et de groupes ont nommé des réalités trop souvent tues dans cette municipalité que le maire Gilles Vaillancourt dirige d’une main de fer depuis près de 25 ans: loyers trop élevés, moisissures ou punaises de lit dont les propriétaires ne veulent pas s’occuper, discrimination et harcèlement, itinérance, etc. Des témoignages ont aussi mis en lumière les situations spécifiques vécues par les femmes, les personnes âgées ou handicapées, les familles nouvellement arrivées au pays ou encore les personnes ayant des problèmes de santé mentale, etc.
Le manque de logements sociaux et l’absence d’un code du logement dans la troisième ville la plus populeuse au Québec ont été vivement dénoncés, tout comme le type de développement privilégié par la Ville de Laval. Tous les meilleurs terrains, par exempleceux situés près des trois bouches de métro, sont présentement accaparés par la construction de condominiums et ceux qui demeurent vacants sont très chers. Tout cela rend extrêmement difficile l’émergence et la réussite de projets de logements sociaux à proximité du transport en commun et des services.
Le logement locatif, lui aussi en concurrence avec les condos, est en perte de vitesse dans cette ville où près du tiers de la population est tout de même locataire. Au cours des 9 premiers mois de 2012, à peine 45 logements locatifs ont été mis en chantier à Laval contre 879 unités de condominiums… C’est 20 fois moins!
Les trois membres de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement présents à Laval étaient Barbara Rufo, psychosociologue à la coopérative Interface et active depuis 25 ans dans la lutte contre la pauvreté, Sylvain Lafrenière, de l’Union des consommateurs du Québec, et Yannick-S Mondion, locataire de logement social impliqué sur les enjeux d’itinérance et d’hébergement jeunesse.
L’audience à Rimouski, organisée en collaboration avec le comité logement Rimouski-Neigette, a été une réussite. Les commissaires Simon Tremblay-Pepin (chercheur à l’IRIS), Jean Trudelle (ancien président de la FNEEQ) et Dolores Durbeau (militante) ont entendu des témoignages et reçu des mémoires pendant près de trois heures. Le mot s’était passé dans la région: une cinquantaine de personnes étaient présentes, dont plusieurs de groupes communautaires (groupes de défense de droits, groupes de femmes, etc.). Des locataires sont venus y partager leurs expériences tandis que des organismes communautaires ont exprimé leurs préoccupations en regard du non-respect du droit au logement à Rimouski et dans le Bas St-Laurent.
On y abordé notamment le développement anarchique de nouvelles constructions (notamment de condos de luxe) et l’apparente absence de plan d’urbanisme et de volonté de mettre en place du transport en commun. On a souligné également que trois propriétaires se partagent la quasi entièreté des logements à Rimouski et ont constitué une liste noire de locataires qui n’arrivent plus à se relocaliser. Ont également été soulevées les conditions précaires de logement des étudiantEs et la forte pression qu’ils et elles exercent sur l’offre de logement à Rimouski. Le phénomène de l’itinérance en région, moins visible que dans les grands centres, a été abordé. Plusieurs personnes ont pris la parole pour nous parler de la discrimination qu’elles ont vécu dans l’accès à un logement, notamment à cause de problèmes de santé mentale et physique.
 
C’est à Kuujjuaq, au Nunavik, que la Commission populaire itinérante sur le droit au logement a amorcé, vendredi le 12 octobre, ses audiences sur le respect du droit au logement dans les 17 régions administratives du Québec. Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui a initié la commission, considère qu’il était incontournable de débuter au Nunavik, compte tenu des problèmes dramatiques de logement qui y sévissent et de leurs conséquences sur la santé et sur plusieurs autres problématiques sociales en milieu inuit. Plus d’une vingtaine de personnes étaient présentes. La société Makivik, l’administration régionale Kativik, l’Office municipal d’habitation Kativik et le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN (dont le territoire couvre le Nunavik) y ont fait des présentations. D’autres Nunaviammut dont le représentant de l’association des aînés du Nunavik y ont également fait des témoignages. Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec, était présente à Kuujjuaq à titre de commissaire, alors que deux autres commissaires, Martin Gallié, professeur de droit au logement à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et Marcel Duhaime de la Ligue des droits et libertés, ont assisté à la rencontre par visioconférence à partir de Montréal.
« Quand 20, 25 familles se retrouvent à la rue à Montréal, ça fait la une des journaux. Ici on est un millier dans cette situation et personne n’en parle ». Ces phrases prononcées par Frédéric Gagné, un représentant de l’administration régionale Kativik[1], le 12 octobre, à Kuujjuaq, reflète le sentiment vécu dans le Grand Nord devant l’indifférence des gens du Sud face à la grave crise du logement qui sévit dans le territoire inuit du Nunavik.
Les présentations et les témoignages entendus lors de cette audience, la première de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, sont pourtant sans équivoque sur les terribles conséquences sociales de cette crise.
Un surpeuplement dramatique
Au Nunavik, le marché privé de l’habitation est à peu près inexistant, de sorte que les logements sociaux représentent la quasi-totalité des habitations. Certains sont gérés par l’Office municipal d’habitation, d’autres par les employeurs (organismes gouvernementaux ou régionaux).
Selon la Société Makivik[2], les Nunavimmiut[3] peuvent attendre plus de 10 ans pour obtenir leur maison.
Aux deux ans, l’Office municipal d’habitation Kativik réalise une enquête sur les besoins en logements. En avril 2010, il en manquait 997 au Nunavik, comparativement à 915 en 2008. « En attendant, deux, trois ou quatre familles vivent dans la même maison, il n’y a pas d’autres options », a précisé Watson Fournier, le directeur de l’Office. La présidente de l’administration régionale Kativik, Maggie Emudluk, a bien illustré la situation: « Imaginez quand la famille élargie vient pour Noël mais qu’elle ne part pas. Ici, c’est comme ça à l’année. Vous êtes 12 dans un logement. »
Lors du recensement de 2006, 485 ménages (presque la moitié) vivaient des problèmes liés au surpeuplement des logements, près de 26 % des habitations étant occupées par des ménages comprenant six personnes ou plus. Or, cinq ans plus tard, au recensement de 2011, la population avait encore augmenté de 11,8 %. Le problème de surpeuplement en a été aggravé d’autant.
La population du Nunavik est très jeune : 71% de la population a moins de 35 ans. Cela entraîne la création d’un grand nombre de ménages et l’augmentation croissante de la demande de nouveaux logements. Olivia, une mère de 23 ans, en a témoigné : « Nous sommes des humains, nous avons besoin d’une place pour vivre, nous n’avons pas besoin d’une boîte, mais d’une maison pour élever nos familles ».
Le manque de logement n’est pas un enjeu nouveau au Nunavik. « Dès que les Inuits du Nunavik ont commencé à s’établir en villages, l’accès à des logements adéquats et en quantité suffisante a constitué une priorité pour eux et un défi pour les gouvernements », peut-on lire dans le Plan Nunavik qui propose une vision du développement du Grand Nord élaborée par les organisations y intervenant. L’éloignement, le climat et les caractéristiques géographiques rendent prohibitifs les coûts de construction. Les routes étant inexistantes, les matériaux doivent être livrés par bateaux, quelques mois par année seulement. La présence du pergélisol rend impossible la construction d’aqueducs ou d’égouts.
Une analyse récente de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik a conclu que le surpeuplement a de graves impacts sur la santé physique et psychosociale de la population. Selon les présentations faites devant la Commission, la pénurie de logements est une des principales raisons expliquant les problèmes sociaux, le haut taux de détresse psychologique voire les conflits interpersonnels au sein de la communauté. Le surpeuplement nuit à l’apprentissage des enfants qui n’ont pas de place où faire leurs devoirs, à la concentration au travail, voire à la capacité de travailler. Il contribue aux situations de violences familiales qui touchent en premier lieu les femmes et les enfants.
La détérioration accélérée des habitations, est un autre problème majeur qui s’ajoute à la pénurie, pas moins de 40 % des logements locatifs ayant besoin de réparations majeures alors que ce taux est de 9 % pour l’ensemble du Québec. Le surpeuplement et le degré élevé d’humidité entraînent notamment des problèmes graves de moisissures et la propagation de maladies infectieuses.
Des tensions
Les tensions sociales sont d’autant plus grandes que les conditions de logement des Nunavimmiut diffèrent souvent de celles des travailleurs et des travailleuses provenant du Sud. L’équipement fourni et la qualité des matériaux ne sont pas les mêmes. La facilité d’accès à un logement varie selon les organismes employeurs. Certains ne demandent pas de loyers alors que toutes les personnes vivant dans un logement de l’Office municipal en paient un. Le Plan Nunavik souligne que tous les organismes devraient veiller à ce que l’ensemble des locataires vivant sur le territoire paient un loyer équitable.
Le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN (qui dessert le Nunavik) s’est d’ailleurs déplacé pour l’audience, notamment pour recommander que « les gouvernements éliminent les différences de traitement en ce qui a trait au logement et fournissent aux travailleuses et travailleurs du Nord des conditions d’habitation équivalentes à celles dont bénéficient ceux qui viennent du Sud ».
1000 logements requis
« Dans ces conditions, les 500 unités de logement annoncées en 2011 par le gouvernement du Québec dans le Plan Nord sont insuffisantes », a souligné l’Administration régionale Kativik. Une des priorités du Plan Makivik est la construction de 1 000 logements de plus que ceux compris dans les ententes déjà signées[4], mais le gouvernement fédéral refuse, à ce jour, de financer des logements supplémentaires. Les organisations entendues lors des travaux de la Commission ont insisté sur le fait que les problèmes de logements concernent les deux paliers de gouvernements. Les Inuits doivent donc encore se battre pour que le fédéral reconnaisse sa responsabilité dans ce domaine crucial.
Comme l’a exprimé un membre de la communauté en conclusion de l’audience, « il faut que ça change ».
[1] L’Administration régionale Kativik a été créée en 1978, suite à la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, dans le but d’offrir des services publics à la population du Nunavik. Les municipalités de la région et le gouvernement du Québec lui confient également d’autres mandats.
[2] La Société Makivik représente les Inuits du Nunavik dans leurs relations avec les gouvernements du Québec et du et gère les indemnités versées par le gouvernement du Québec dans le cadre de la Convention de la Baie James et du Nord québécois.
[3] Terme désignant la population du Nunavik.
[4] La dernière entente signée en 2010 entre le gouvernement fédéral et celui du Québec prévoyait la construction de 340 logements sociaux d’ici 2014. Les 500 logements additionnels, que le gouvernement québécois s’est engagé à financer en cinq ans dans le Plan Nord, ne répondent donc qu’à moitié à l’urgence de 1 000 chiffrée il y a déjà trois ans.
Photos sur la page facebook publique du FRAPRU:
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